BIEN COMMUN

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30 août 2024
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Dans la règle de Saint Benoît rédig ée en 530 de notre ère, il est fait une recommandation impérieuse aux frères en charge de l’hospitalité dans les monastères : accueillir toute personne qui se présente à la porte, qu’elle soit chrétienne ou non, étrangère ou non. Dans le Coran, un siècle plus tard, on trouve dans plusieurs sourates des recommandations similaires sur l’hospitalité. L'écrivain Jack London raconte au sujet de sa « conversion » politique, dans Comment je suis devenu socialiste (1902), que du temps de sa jeunesse, débordant de force et de vitalité, il était « un individualiste déchaîné. […] C’était très naturel. J’étais un vainqueur ». Ce qui l’a fait changer d’avis, c’est d’avoir vagabondé dans les trains de marchandises avec les hobos*, d’être tombé dans la « fosse sociale » et d’avoir réalisé que, parmi les hommes cassés qu’il a côtoyés, se trouvaient d’anciens forts comme lui, vaincus par les aléas de la vie et de notre société.

Le point commun entre les traditions religieuses de l’hospitalité et le récit poignant de London, pourrait être qualifié de « bien commun de l’humanité ». Et ce que je crois, c’est que cet impalpable et empathique bien commun se désagrège de toutes parts. La politique a un rôle dans cette affaire. Ceux qui se disent défenseurs de l’humanité se sont souvent avérés au mieux maladroits, au pire hypocrites. D’autres cultivent par intérêt la défiance, une vision différentialiste qui fait que l’on occulte la part de bien commun en tout humain, devenue propriété réservée à certaines catégories ou individualités. Le mépris ou la soif de domination sont les émotions les plus létales pour la culture démocratique. De ce point de vue-là, on peut être inquiet. Car ce bien commun basique, atavique, dirigeants ou responsables de partis, ils sont rares, dans le bain d’individualisme forcené où l'on nous a immergés, ceux qui l'expriment et le portent sincèrement.

* Hobo : aux USA, travailleur sans domicile fixe se déplaçant de ville en ville, le plus souvent en se cachant dans des trains de marchandises.

 

 

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