
Le Coq sportif
Le scénario était malheureusement écrit d’avance. Quelques semaines après les discours rassurants sur “la relance” du Coq sportif à Romilly-sur-Seine, la direction annonce désormais une “réduction significative” des effectifs de l’atelier de production et le transfert d’une partie de l’activité vers Aubervilliers, dans un atelier lié au Slip français. Derrière les éléments de langage soigneusement choisis : “restructuration”, “agilité”, “nouvelle organisation”, la réalité est brutale : des emplois industriels disparaissent encore dans l’Aube.
Les salariés paient les erreurs des dirigeants
Depuis des mois pourtant, la direction répétait qu’il n’était “pas question de quitter Romilly”. Aujourd’hui, les mots changent subtilement. On ne parle plus de fermeture, mais de “remodelage”. On ne parle plus de suppressions de postes, mais “d’accompagnement des départs”. Et surtout, on explique désormais que l’atelier romillon coûterait trop cher, ne serait pas assez “performant”, pas assez “compétitif ”.
Toujours la même logique : quand les actionnaires et les dirigeants échouent, ce sont les salariés qui paient. Dans son entretien à la presse locale, Dan Mamane explique avoir découvert une entreprise “dans un état de délabrement avancé”, avec des comptes catastrophiques et des contrats inexistants. Très bien. Mais une question simple se pose : qui a créé cette situation ? Certainement pas les ouvrières et ouvriers de Romilly.
Pendant des années, les salariés ont maintenu l’activité malgré les difficultés, malgré les incertitudes, malgré les changements de direction successifs. Et aujourd’hui, on leur explique que leur atelier produirait “trois fois plus cher” qu’ailleurs, qu’il faudrait externaliser certaines fonctions, transférer une partie de la production et réduire les effectifs. Le discours patronal est vieux comme le capitalisme : les travailleurs deviennent un “coût” à réduire. Les savoir-faire industriels deviennent des lignes comptables. Les territoires populaires deviennent des variables d’ajustement.
Aubervilliers aujourd’hui, quoi demain ?
La direction affirme qu’il ne s’agit pas d’une délocalisation puisque la production resterait en France. Mais pour les salariés romillons, le résultat est le même : une partie de l’activité quitte le territoire aubois. Et surtout, chacun connaît la mécanique. On commence par transférer “temporairement” une ligne de production ailleurs. Puis viennent les réductions d’effectifs. Puis les départs “volontaires”. Puis les restructurations permanentes. Jusqu’au jour où l’on explique que le site historique n’est plus viable.
Les habitants de Romilly ont déjà vu trop d’usines disparaître pour croire encore aux promesses patronales. On connait l’objectif : moins de salariés stables, moins de métiers intégrés, moins d’industrie locale. Et au nom de quoi ? De la concurrence mondiale et des coûts de production.
Dan Mamane explique même que l’objectif est d’atteindre des coûts “proches de l’Asie”. Voilà le véritable aveu. Depuis des décennies, l’industrie française est détruite au nom de cette logique qui aujourd’hui encore reste la même : mettre les travailleurs en concurrence permanente pour augmenter les profits. Le problème, ce ne sont pas les salariés de Romilly. Le problème, c’est un système économique incapable de penser autrement qu’en termes de rentabilité immédiate.
Des millions d’argent public… pour quel résultat ?
Cette situation devrait pourtant pousser la nouvelle majorité à davantage de prudence. Car les Romillons ont déjà vécu exactement le même scénario. Sous la précédente municipalité, les dirigeants du Coq sportif bénéficiaient déjà d’un soutien politique massif et d’aides publiques considérables. La ville de Romilly avait même accordé une garantie d’emprunt de plusieurs millions d’euros à l’entreprise au nom du sauvetage industriel et de l’emploi local. Le résultat nous le connaissons : chaos et gabegie financière.
Les seuls à avoir dénoncé cette situation et fait des propositions concrètes sont les élus de gauche ! Fethi Cheikh avait d’ailleurs demandé lors de la dernière mandature qu’un audit concernant l’utilisation des fonds publics soit réalisé ainsi que l’organisation d’une table ronde réunissant l’ensemble des acteurs du dossier.
Une confiance aveugle qui interroge
Face à cette situation, le communiqué du maire de Romilly-sur-Seine laisse un goût amer. Adam Da Mota affirme avoir rencontré la direction et dit faire confiance à sa volonté de maintenir l’activité locale. Il appelle même à “l’unité” pour préserver « l’avenir industriel de la ville ».
Dans ce contexte, voir le maire actuel reproduire exactement la même attitude interroge profondément. Mais derrière cette formule consensuelle, une question se pose : à qui cet appel est-il réellement adressé ?
Quand une direction annonce des réductions d’effectifs, des transferts de production et une externalisation massive, le rôle des élus locaux n’est pas de demander le silence ou l’alignement derrière les décisions patronales. Pourtant, cet appel à “l’unité” donne parfois le sentiment qu’il faudrait désormais éviter toute critique au nom de la sauvegarde du Coq sportif.
Mais défendre les salariés et exiger des garanties concrètes n’a jamais fragilisé une entreprise. Ce qui fragilise l’industrie, ce sont les logiques financières, les stratégies de rentabilité immédiate et les dirigeants qui utilisent l’argent public sans jamais rendre réellement de comptes.
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