QUESTION DE POINT DE VUE

QUESTION DE POINT DE VUE

8 décembre 2023
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De toutes les motivations à refuser la réforme des retraites, la peur de la précarité en fin de carrière était la plus importante. Les salariés savaient très bien qu'à 55 ans s'ouvrait une période incertaine où, quelle que soit la qualification ou l'expérience, la possibilité de retrouver un job était très faible. C'est pourquoi le législateur autorise jusqu'ici pour les plus de 55 ans une durée d'indemnisation du chômage de 27 mois au lieu de 18 pour les autres salariés. Pourtant, avec une belle hypocrisie, Bruno Le Maire ne voit « aucune raison pour qu'ils aient une durée d'indemnisation plus longue ». « C ’est un scandale. Tout le monde sait que les seniors ont plus de difficultés à retrouver un travail. Le problème vient des entreprises », s'est indignée la CGT. Mais c’est tout le jeu de ce gouvernement : faire peser la responsabilité du chômage sur les chômeurs eux-mêmes, alors que, comme on pouvait s’y attendre, les demandes du ministre aux entreprises de faire des « efforts » lui ont valu quelques bras d'honneur.

Peu après son ministre de l’Économie, Élisabeth Borne a rallongé l'addition. Il s'agit, cette fois, de revenir sur les dispositions concernant la rupture conventionnelle. Cette mesure très insatisfaisante permet de partir en conservant le droit au chômage. « Un effet pervers », pour la Première ministre qui veut désormais la supprimer.

Les deux mesures ont un seul but : faire baisser le taux de chômage jusqu'aux 5% promis par Emmanuel Macron. L'objectif se révélant de plus en plus inatteignable, l'idée est de s'en prendre maintenant aux seniors. Plus nombreux à risquer la précarité du fait de l'allongement de l'âge de départ à la retraite, il faut donc moins bien les protéger pour en faire des travailleurs pauvres. Mme Borne dit « effet pervers » ? Le dico nous dit de la perversité : « Tendance maladive à accomplir des actes immoraux, agressifs ». Remplacez maladive par « systémique » et « l'effet pervers » n'est plus du tout celui, ni là où on nous dit.

 

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