

Au fil de l’été 36 (4)
Dans son édition du 20 juin 1936, La Dépêche de l'Aube célèbre avec enthousiasme la victoire des ouvrières et ouvriers de Devanlay-Recoing. Sous la plume de Marcel Mathieu, secrétaire du syndicat CGT du Textile, le récit dépasse le simple compte rendu : il raconte la revanche d'une classe ouvrière qui n'avait jamais renoncé.
Pour en mesurer la portée, Marcel Mathieu rappelle les grandes luttes de 1921 puis l'échec de la grève de 1933. La section syndicale avait été brisée, plusieurs militants, dont Suzanne Gallois, licenciés, et le patronat conforté dans sa domination. Mais les ouvriers n'étaient, écrit-il, que « battus momentanément, mais pas vaincus ».
Le printemps 1936 change le rapport de force. Après la victoire du Front populaire et les occupations d'usines qui gagnent tout le pays, les salariés de Devanlay-Recoing présentent leurs revendications. Les négociations n'aboutissant pas, l'usine est occupée à partir du 11 juin. Marcel Mathieu souligne la discipline, l'hygiène et l'organisation exemplaires des grévistes, saluées jusqu'à la direction. Les adhésions à la CGT se multiplient tandis que le Groupe Octobre vient soutenir le mouvement par ses spectacles.
Après plus de trois heures de négociation à la préfecture, en présence notamment du député-maire René Plard et de l'inspecteur du travail, un accord est trouvé.
Les revendications essentielles sont satisfaites : des augmentations de salaires sont accordées, le droit syndical est reconnu et les bases d'un futur contrat collectif sont posées. Quelques concessions provisoires sont consenties, mais, pour Marcel Mathieu, l'essentiel est acquis : le rapport de force s'est inversé.
La fin de la grève donne lieu à une scène hautement symbolique. Les dirigeants reprennent possession de leur usine, mais les clés leur sont remises par Suzanne Gallois, militante licenciée après la défaite de 1933. Ce geste marque la revanche de celles et ceux qui avaient payé le prix de leur engagement. Le titre de l'article, « V'là les poisons ! », reprend d'ailleurs l'injure qu'un administrateur avait adressée à cette militante. Les grévistes s'approprient ce qualificatif avec fierté : « près de mille poisons » défilent désormais derrière les drapeaux rouges et au chant de L'Internationale.
Pour Marcel Mathieu, la victoire est éclatante, mais la bataille n'est pas terminée : elle devra être consolidée par le renforcement du syndicat et la signature du contrat collectif.
À suivre.
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