MÉMOIRE FAUTIVE

MÉMOIRE FAUTIVE

Il se peut, quand la mémoire fait défaut, qu’il ne s’agisse, en fait, que d’un incident de parcours, mais la succession des faits évoqués ci-dessous suscite la suspicion et transforme « l’étourderie » en une stratégie murement réfléchie.

Lors des commémorations du 8 mai 1945, les discours officiels, relayant souvent le discours de la ministre des Armées, ont fait l’objet de détournements intolérables de la mémoire de ceux qui ont souffert le martyre comme les résistants, les déportés, les fusillés, au profit d’un argumentaire militaire. Ce narratif guerrier n’est pas anodin, c’est une façon de mobiliser l’opinion publique et de légitimer les actions politiques et militaires en cours ou à venir.

À Carpentras, c’est le maire RN de la ville qui nous prend pour des melons. La diffusion dans les haut-parleurs de la ville en marge de la commémoration du 8 mai de l’hymne vichyste « Maréchal nous voilà » n’était qu’une erreur du technicien lors de la programmation. Ben voyons. Mais que faisait ce morceau de musique sur la playlist de la mairie ? On se le demande …

L’hypocrisie fait le plein avec une autre « erreur humaine » au Canet du Roussillon ville dirigée par l’extrême droite, où également le chant « Maréchal nous voilà » a été diffusé lors d’une fête de la libération. Là encore une regrettable « erreur humaine », liée à une méconnaissance de cette page d’histoire par le technicien atteint sans doute d’une sénilité précoce.

En abolissant la commémoration de la journée nationale des mémoires de la traite négrière et de l'esclavage, lors de la commémoration du 10 mai, cette fois-ci, l’arrivée du nouveau maire d’extrême droite de Vierzon, a donné une occasion de plus de montrer le vrai visage xénophobe du RN.

Pour terminer, souvenez-vous, François Bayrou, alors premier ministre, avait tenté de supprimer le 8 mai pour faire des économies. C’était aussi un choix symbolique pour faire plaisir au RN, dont il avait besoin des voix pour se maintenir à son poste. La droite est coutumière du fait, De Gaulle l’avait supprimé en 1959, ce qui poussa son successeur Giscard d’Estaing à en faire autant, au nom disaient-ils de la réconciliation européenne.

Dans ces jours incertains lorsque l’extrême droite tisse sa toile un peu partout en Europe, le devoir de mémoire ne doit pas s’effacer.

Louis Michel

 

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