GUIDE PRATIQUE DU PARFAIT MILITANT FÉMINISTE

GUIDE PRATIQUE DU PARFAIT MILITANT FÉMINISTE

Dans le milieu militant, on le sait : nous sommes féministes. Nous l’avons écrit, voté, proclamé. Nous savons que l’égalité n’est pas négociable. Et pourtant…

Il existe un sport militant très répandu : expliquer à une femme ce qu’elle vient d’expliquer. L’exercice demande une grande concentration. Il consiste à reformuler son propos avec un léger déplacement de vocabulaire, puis à recevoir les hochements de tête approbateurs que son intervention initiale n’avait pas suscités. Performance discrète, mais régulière.

Autre tradition bien ancrée : découvrir, avec un étonnement renouvelé, que les comptes rendus se rédigent rarement tout seuls et que les salles ne s’ouvrent pas par magie. Il est remarquable de constater que ces mystères de la logistique trouvent souvent les mêmes volontaires pour être résolus.

Il y a aussi ce moment délicat où une camarade arrive en réunion avec un enfant en bas âge. Nous affirmons que la société doit permettre l’engagement de toutes et tous. Nous défendons les services publics, les crèches, l’égalité réelle. Mais une poussette entre deux rangées de chaises provoque parfois plus de perplexité qu’un amendement mal rédigé.

Et puis il y a la phrase réflexe, prononcée avec la meilleure bonne foi du monde : « moi aussi ».
- La charge mentale ? Moi aussi.
- La fatigue d’articuler travail, engagement et famille ? Moi aussi.

Peut-être. Mais dans notre société, les statistiques sont têtues. L’égalité proclamée ne supprime pas les heures invisibles. Elle ne plie pas le linge. Elle ne pense pas aux vaccins, aux anniversaires, aux rendez-vous médicaux et aux sacs d’école. Nous combattons les dominations structurelles. Nous savons qu’elles sont matérielles, historiques, enracinées. Il serait étonnant qu’elles s’arrêtent poliment à la porte du milieu militant, quel qu’il soit.

Le féminisme n’est pas un badge. Ce n’est pas un mot ajouté dans une résolution. La bonne nouvelle, c’est que nous voulons changer la société en nous mobilisant collectivement. Commençons donc, peut-être, par ne plus couper la parole.

CERISE

 

 

 

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