
Lutte contre les violences faites aux femmes
En cette semaine du 25 novembre, journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes, la France compte déjà 151 féminicides. Un sombre recul par rapport à 2024 où l’on en a recensé 104. Une femme est désormais tuée par son conjoint ou ex-conjoint tous les 2,5 jours.
Cette hausse, aussi révoltante qu’alarmante, s’ajoute à un taux d’impunité toujours massif : 80 % des plaintes pour viol sont classées sans suite et moins de 1 % aboutissent à une condamnation.
Un constat alarmant, mais des moyens qui ne suivent pas
Malgré ce constat, et l’estimation, par la Fondation des Femmes, d’un budget nécessaire à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles de 2,6 milliards d’euros par an, l’État n’en consacre que 184,4 millions. La différence est abyssale.
Le gouvernement ne peut pas prétendre lutter contre les violences faites aux femmes avec des discours creux. Les grandes phrases ne remplacent pas une volonté politique réelle. Sans moyens, il n’y a pas de protection. Sans budget, il n’y a pas de politique publique. Sans engagement concret, les violences continuent. Les chiffres le montrent : malgré les annonces, les violences augmentent et l’impunité perdure.
Qu’elles soient physiques, psychologiques, médicales, économiques, ces violences sont des atteintes aux droits de façon structurelle, des atteintes au principe même d’égalité. Elles sont un outil d’oppression du système patriarcal envers les femmes, les filles, les enfants, les minorités de genre. Le mépris des gouvernements libéraux et l’austérité budgétaire mettent en danger les services publics : les femmes en sont les premières salariées et usagères et donc les premières victimes.
À l’échelle locale
L’Aube fait partie des départements comptant le plus de victimes recensées de violences conjugales avec la Marne et les Ardennes.
Selon les chiffres de 2023, alors que le nombre moyen de femmes victimes de violences conjugales est de 10,6 femmes pour 1 000 habitantes (de 15 à 64 ans) au niveau national, il atteint 13 dans la Marne, 12,6 dans les Ardennes et 12,2 dans l’Aube.
Il y a donc urgence à mettre des moyens y compris localement pour de la prévention et pour l’accompagnement des victimes.
Des choses sont possibles localement, notamment au niveau municipal, pour les élections de 2026 : des programmes ambitieux pour lutter contre les violences faites aux femmes peuvent être mis en place !
Il est possible par exemple de créer un dispositif de signalement sécurisé et immédiat (application ou numéro dédié) en cas de harcèlement ou d’agression, avec intervention rapide, de mettre en place une formation obligatoire pour tous les agents municipaux en contact avec le public sur les violences sexistes et sexuelles, ou encore de repenser l’aménagement urbain dans les lieux jugés à risque (éclairage, visibilité etc…).
À Romilly-sur-Seine, la deuxième ville de l’Aube, il n’y a pas de logement d’urgence pour les femmes victimes de violences, il est urgent d’en mettre en place.
Comme partout en France, samedi 22 novembre, une marche a eu lieu à Troyes contre les violences faites aux femmes. Ce n’était pas une manifestation classique, mais une marche aux flambeaux ( bien nécessaires pour réchauffer les participantes et participants ).
Évidemment la lutte contre les violences faites aux femmes est une lutte de tous les jours, pas seulement le 25 novembre.
Pour en finir avec ces violences, il faudra aussi en finir avec le patriarcat et construire une autre société. Pour mettre fin au continuum des violences – de l’enfance à l’âge adulte – il est indispensable de renforcer les services publics sur l’ensemble du territoire.
• Promulguer une loi-cadre intégrale contre les violences, comme en Espagne, dotée de moyens humains et financiers suffisants ;
• Mettre fin à l’impunité : établir une liste d’actes d’enquête minimaux sans lesquels le procureur ne pourrait pas classer sans suite une affaire ;
• Mettre en place un dispositif visant à assurer le respect d’une ordonnance de protection ;
• Gratuité de l’assistance juridique pour les personnes victimes de violences sexuelles et/ou intrafamiliales ;
• Modifier rapidement la position de la France qui refuse de définir le viol comme un crime dans la directive sur la violence à l’égard des femmes et la violence domestique ;
• Éducation à la vie sexuelle et affective sur l’ensemble du territoire ;
• Porter la création d’un Protocole européen d’accueil et de respect des droits des femmes migrantes ;
• Renforcer la loi du 13 avril 2016 relative à la lutte contre le système prostitutionnel ;
• Stopper la baisse des financements et engager un rattrapage du budget des associations accompagnant les victimes de violences.
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