
Pour certains, le vichysme et le fascisme sont des nostalgies du passé qu’ils prennent pour des références éternelles. Ainsi, l’Association pour la défense de la mémoire du maréchal Pétain (ADMP), a organisé une messe « pour le repos de l’âme de Philippe Pétain ».
Pétain avait-il une âme ? Une douce rigolade, lui qui perdit son grade de maréchal, qui fut frappé d’indignité nationale et condamné à mort (commué en prison à vie) pour avoir été jugé coupable d’intelligence avec l’ennemi et pour haute trahison.
Il l’avait vendue au diable en serrant la main d’Hitler. L’âme, cette responsabilité morale, lui a fait défaut en collaborant avec l’Allemagne nazie et en mettant la moitié du pays sous le joug de la terreur, avec sa milice fasciste version française de la SS.
Jacques Boncompain, le président de cette association de nostalgiques de l’époque sombre de Vichy, a réussi son coup en offrant une tribune à ses idées révisionnistes. Il ne fut pas le seul à prendre la responsabilité d’organiser la messe de la honte à Verdun. La tentative de reconquête de l’âme perdue de Pétain par l’évêque de Metz, Phillipe Ballot, en autorisant cette messe de l’injure à la mémoire des 76 000 juifs de France déportés et aux résistants assassinés a offert aussi une tribune au négationnisme et a manqué à son devoir moral et historique.
On aurait pu se croire à l’époque où planait l’ombre de la sainte alliance du sabre et du goupillon, mais devant l’église courageusement, Mariette une croyante tenait à bout de bras une pancarte portant l’inscription « Catho mais pas facho ! ».
Jordan Bardella, président du RN, ne fut pas en reste pour mettre son grain de sel, balayant les accusations qui font de son parti un « héritier du pétainisme ». Il se prit les pieds dans le tapis en accusant la « gauche » d’avoir mis Pétain au pouvoir. Mais les faits sont têtus, on ne peut pas changer l’histoire.
Le RN et ses sbires sont les champions pour faire des raccourcis historiques sur les réseaux sociaux et dans les médias. C’est une vieille lune de la droite que de dire que « la gauche a donné les pleins pouvoirs à Pétain », c’est une simplification trompeuse.
Le vote a été adopté par 569 voix pour, 80 contre, 20 abstentions. Le PCF était interdit et les députés incarcérés, les socialistes (SFIO) ont voté contre, et les 80 opposants étaient majoritairement de gauche. Les votes favorables venaient surtout de la droite, du centre et du Sénat conservateur.
Déjà en 1973, des bras cassés de l’extrême droite avaient exhumé le cercueil de Pétain pour le transférer à Verdun. Cette fois-ci, c’est sous l’habillage d’une cérémonie religieuse, que l’extrême droite persiste dans son idéologie basée sur des thèses révisionnistes. Une enquête pour contestation de crime contre l’humanité est ouverte contre l’ADMP et la perspective éventuelle de sa dissolution. C’est le moins que l’on puisse faire.
Louis Michel
© 2026 - La Dépêche de l’Aube
Création : Agence MNKY