
Aube - Textile
En janvier 2025, l’annonce du groupe Rocher (ex Yves Rocher) expliquant vouloir se séparer de la marque troyenne avait fait l’effet d’une bombe. Le groupe avait précisé être seulement en recherche de repreneur, mais il y a quelque jours la nouvelle est tombée : Rocher va céder la marque à un fonds d’investissement américain : Regent.
Petit Bateau cédé aux Américains
Pour la première fois de son histoire, la marque Petit Bateau n’appartient plus à un groupe français. C’est assez désespérant quand on pense que Petit Bateau est une marque historique troyenne qui depuis 130 ans habille des générations.
Le groupe Rocher explique sa démarche de cession avec l’argument de vouloir se recentrer sur son coeur de métier : les produits cosmétiques. Ils envisagent également de céder le groupe Stanhome dont ils sont également propriétaires et qui est une marque de produits ménagers. Le groupe se veut rassurant quant à ce rachat : « nous sommes convaincus que le groupe Regent donnera à la marque l’élan nécessaire… tout en préservant l’ancrage et l’identité qui fait sa force ».
Ce qui est sûr c’est que la holding d’investissement Regent est beaucoup moins préoccupée par « le coeur de mérier ». En effet il possède déjà plus de 500 entreprises avec des objets divers, dans les secteurs de l’industrie, de la consommation, des technologies et des médias. Il possède déjà des marques françaises comme notamment DIM.
Une reprise dans quelles conditions ?
Pour rappel, Petit bateau c’est trois sites : dont deux à Troyes (l’usine et le site logistique). C’est également plus de 2400 salariés dont 1400 en France à Troyes. Pour le moment, les annonces faites ne donnent aucune garantie de reprise de l’ensemble des emplois ni du maintien des sites locaux. Le fait que Regent se félicite de l’ancrage local de la marque ne suffit pas à rassurer, ce sont des effets d’annonces.
D’ailleurs la fédération textile de la CGT dénonce « un pur jeu financier » et explique qu’elle exige des garanties sociales. Sans cela le syndicat s’opposera à la vente puisque le projet de vente est actuellement en cours de consultation des instances représentatives du personnel.
Il est vrai que la cession de la part de Rocher pose question, la marque a en effet traversé des difficultés mais elle a redressé la pente : les ventes ont progressé de 2,7 % au premier semestre 2025 et l’activité e-commerce continue de croître en France (+5,6 %) comme au Japon (+8,3 %).
Ce qui conduit effectivement à penser que tout cela n’est que manoeuvre financière, d’autant plus qu’aucun montant de rachat n’a pour l’instant été annoncé. De plus, d’autres exemples de rachat par des fonds d’investissement ne sont pas rassurants. L’exemple de l’entreprise Dim à Autun (Saône-et-Loire) est édifiant : depuis son rachat par des fonds d’investissement en 2007, ce sont près d’un millier d’emplois qui ont été supprimés en France, au fil des délocalisations successives. Une véritable descente aux enfers industrielle, qui illustre les ravages de ces stratégies sur l’emploi et le tissu économique local. On peut aussi parler de l’expérience catastrophique du Coq Sportif avec le groupe Airesis pourtant abreuvé de fonds publics.
La question du contrôle de l’utilisation des fonds publics est essentielle dans ce genre de dossier. La CGT le pointe également dans son communique. Le syndicat exige aussi qu’un contrat de transition de sept ans soit signé avec le repreneur afin de garantir l’emploi en France, la pérennité de l’outil de travail ainsi que l’ensemble des acquis sociaux des salariés de Petit Bateau.
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