
Annonce des nouvelles places modulaires à la prison de Lavau
Entretien réalisé par Camille Lainé
Les agents du SPIP (Service pénitentiaire d’insertion et de probation) sont fortement mobilisés depuis des mois, une première date de mobilisation a eu lieu le 6 mai puis une autre le 17 juin et enfin une autre est annoncée pour le 9 octobre. Ils dénoncent la politique actuelle du ministre de la Justice Gérald Darmanin et se mobilisent pour leurs conditions de travail. La question des nouveaux modulaires est corrélée à tout cela. La Dépêche de l’Aube a rencontré Mickael Idiart représentant du personnel CGT SPIP pour l’Aube et la Haute-Marne.
LDA : Pouvez-vous nous en dire plus sur le mouvement en cours dans les SPIP ?
Mickael Idiart : C’est un mouvement national mais qui est évidemment lié au local puisque nous sommes directement impactés par la politique de la justice actuelle : à savoir le tout répressif dans lequel le volet insertion et accompagnement social est complètement oublié. Monsieur Darmanin propose le rétablissement des quartiers sécurité renforcée, ce sont pourtant des mesures qui ont déjà prouvé leur inefficacité et qui sont, de plus, considérées comme une torture blanche, en effet l’isolement social est bien considéré comme une forme de torture. Robert Badinter avait d’ailleurs supprimé ces quartiers en 1982 les jugeant, à juste titre, inhumains.
La politique actuelle repose sur le tout carcéral, aujourd’hui l’incarcération a une place primordiale dans la justice française, sauf que les moyens ne suivent pas et l’aspect prise en charge et soin n’est pas du tout pris en compte. Certains détenus ont besoin de soins avec des psychiatres et psychologues, des médecins spécialisés alors est-ce vraiment la bonne solution de les mettre en prison ?
Tout cela dégrade du fait nos conditions de travail, nous n’avons pas de moyens, ne sommes pas assez nombreux et la situation devient très problématique.
De plus, on nous demande de devenir le bras armé de la politique actuelle notamment avec la population de détenus qui est étrangère. Par exemple ici dans l’Aube, nous avons beaucoup de détenus étrangers sous le coup d’OQTF et on nous impose de prendre systématiquement leurs empreintes pour ensuite les envoyer à la Préfecture et on nous impose aussi de le faire pour les personnes étrangères en situation régulière et bi-nationales qui sont sous bracelet électronique. Avec la CGT nous avons déposé un recours puisque que notre travail n’est pas d’organiser le fichage pour la Préfecture !
Nous devons déjà gérer des situations très compliquées, comme des détenus qui sortent de prison en étant assignés à résidence alors qu’ils n’ont pas de résidence parce qu’ils sont sans papier et dans une immense précarité, donc notre seule solution est de leur dire de contacter le 115. Ce n’est pas possible de travailler dans ces conditions.
LDA : Pouvez-vous nous en dire plus sur cette annonce de constructions de nouveaux modulaires à Troyes Lavau et sur le lien justement avec la politique actuelle du ministre de la Justice ?
MI : Typiquement ce genre d’annonce est le reflet du tout carcéral : on répond systématiquement par la prison, donc on est en sur- population carcérale, donc solution ? On construit plus de places en prison ! C’est le serpent qui se mord la queue et le pansement sur la jambe de bois. Rien n’est mis en place pour prévenir la récidive par exemple.
Ici, dans l’Aube, entre les modulaires et les réouvertures à Villenauxe, il est question de 250 places en plus, mais cela ne correspond pas à la délinquance auboise qui n’augmente pas. C’est un affichage politique qui permet de soulager la surpopulation d’autres établissements. Les fameux modulaires sont prévus pour de la semi-liberté, nous avions déjà 37 places de ce type que nous n’arrivions pas à remplir. Il en reste seulement 15 puisque les autres ont été transformées en place « classiques ». Pour la semi-liberté il faut que les détenus soient locaux, qu’ils puissent trouver un travail dans le coin, que la famille soit sur place pour ensuite se réinsérer, si on fait venir des Toulousains ou des Bordelais, comme cela est sous-entendu, ça n’aura pas de sens.
Il y avait 500 détenus en 2024 dans l’Aube, on passerait à 1200 en 2026, ce qui équivaudra à 1 place de prison pour 250 habitants, sauf que les services publics de notre territoire ne pourront pas l’assumer. France Travail à Villenauxe ne peut actuellement recevoir qu’environ 14 détenus par mois, l’hôpital de Troyes ne pourra pas assumer ce surplus de patients, d’autant que nous sommes un désert médical. Voir le Maire de Troyes plébisciter le projet, c’est incompréhensible.
Il y a une explosion du nombre de personnes incarcérées et nous n’avons ni les ressources humaines, parce que nous sommes en sous-effectif, ni matérielles pour les accompagner.
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