
Mobilité - Ligne Paris-Troyes SNCF
Depuis le 30 juin dernier, la ligne de train Paris -Troyes, la ligne 4 en langage SNCF, est fermée entre Troyes et Nogent sur Seine. La fermeture estivale (première d’une série de 3 ans) s’étendra jusqu’au 31 août prochain pour permettre les travaux d’électrification. L’électrification complète de la ligne est attendue pour 2028. Même si personne ne remet en cause la nécessité des travaux en question, c’est une grosse période de galère pour les usagers.
Les trajets rallongés et les informations pas à la hauteur
Les Troyens, Romillons et Nogentais qui doivent se rendre quotidiennement à Paris, les navetiers comme on les appelle, sont nombreux et force est de constater que 2025 sera le premier été de la galère. Ils doivent déjà prendre une navette, un car de remplacement, pour se rendre jusqu’à Nogent afin de prendre leur train, ce qui rallonge considérablement le trajet. Une fois sur place, les incidents et les retards se succèdent.
La semaine dernière trois trains ont été supprimés en une matinée pour cause de panne à des passages à niveau (qui sont pourtant sur la portion dont les travaux d’électrification ont déjà eu lieu il y a deux ans). Les usagers présents sur le quai s’énervent et peinent à avoir des informations, ce qui augmente le climat de tension.
Notons également que cette galère de travaux s’ajoute à celles déjà existantes : les retards déjà quotidiens, sans oublier la cacophonie de la réservation obligatoire que nous avons déjà traitée dans nos colonnes.
Pendant ce temps-là, le prix de l’abonnement ne faiblit pas, les usagers paient toujours plein pot malgré les problématiques engendrées. L’association des consommateurs CLCV a publié une enquête en début d’année où nous apprenons par ailleurs que les tarifs pratiqués sur les TER de la région Grand Est sont les plus chers de France. Visiblement la qualité de service ne suit pas.
Mais alors la faute à qui ?
Évidemment, c’est la foire d’empoigne et tous les acteurs se renvoient la balle. Avec pour certains une (grosse) pointe de démagogie. Et pendant ce temps-là, les usagers trinquent.
François Baroin a écrit à son collègue président de la Région, Franck Leroy, pour expliquer que « les débuts d’organisation sont un échec » et que « les promesses ne sont pas aux rendez-vous » et a ensuite invité le président de Région « à prendre toutes les dispositions » pour corriger la situation.
La Région, quant à elle, s’est fendue d’un communiqué le 12 juillet pour « appeler les entités du groupe SNCF à faire tout leur possible pour assurer la continuité de service » tout en affirmant avoir le souhait d’un « service public ferroviaire de qualité ».
La SNCF, elle, temporise en expliquant que les premiers jours ont permis de « roder le système » et se dit pleinement mobilisée pour améliorer les choses.
Alors la faute à qui ? Eh bien, à la mise en concurrence, et donc les trois entités sus-citées ont bien leur responsabilité.
En effet, le pacte ferroviaire de 2018 ouvre à la concurrence le transport régional de voyageurs tout en transférant à la Région l'entière responsabilité de l'organisation du service, signant un désengagement pur et simple de l’État. Mais parallèlement à cela, les dotations des collectivités diminuent, donc l'État se déresponsabilise d’un côté en déléguant, mais supprime les dotations de l’autre.
Franck Leroy et François Baroin sont tous deux de la même famille politique : la droite, qui a applaudi des deux mains la loi de 2018 et qui a toujours soutenu la mise en concurrence ! Donc les beaux discours sur le service public par la suite donneraient plutôt envie de sourire (jaune).
L’électrification est évidemment une question essentielle, mais cela doit aller de pair avec un entretien des infrastructures régulier et correct, et un matériel en bon état et suffisant, sinon les problèmes demeureront. On le voit d’ailleurs déjà avec les problèmes de passage à niveau qui perdurent même sur les tronçons électrifiés.
Mais malheureusement la cohérence ne rime pas avec la mise en concurrence, les moyens ne sont pas mis pour assurer un entretien correct des voies et bien souvent la SNCF fait appel à de la sous-traitance, ce ne sont donc plus des cheminots qui assurent le travail.
On pourrait aussi longuement parler des conditions de travail des cheminotes et cheminots qui n’ont de cesse de se dégrader.
À travers tous les discours des uns et des autres, on sent bien poindre la logique libérale : appeler de ses voeux la mise en concurrence, critiquer la SNCF et expliquer que rien ne fonctionne correctement et donc brandir la solution : tout privatiser !
Ne soyons donc pas dupes, la privatisation c’est tout bénef uniquement pour celles et ceux qui s’en mettront plein les poches, et qui trinquera ? Les usagers !
Il n’y a qu’une seule solution : un vrai service public des transports, avec une offre de transport public accessible, humaine, régulière et de qualité.
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