
Les projecteurs se sont éteints sur le 78ème festival de Cannes. Mais avant d’être le festival le plus emblématique et le plus médiatisé du septième art, il y a l’histoire du festival qui reste peu connue du grand public. Ça ne saute pas aux yeux, mais c’est à la demande de la CGT que le Conseil National de la Résistance, reprend le projet de Jean Zay, ministre du Front Populaire en 1938 et cinéphile, de proposer Cannes pour accueillir « un vrai festival », en réponse à la fascisation de la Mostra de Venise sous l'influence de Mussolini. (Giuseppe Volpi, le père de la Mostra de Venise eut un rôle prépondérant dans le régime fasciste).
La guerre en ayant décidé autrement, le projet du festival resta dans les cartons de l’union de la gauche des années trente. Le premier festival se tiendra en 1946 sur les ruines et l’enthousiasme de l’après-guerre, avec l’aide de la CGT de la fédération du spectacle, depuis toujours engagée dans la démocratisation de la culture, ainsi que des députés communistes de Nice et de Cannes. Outre une souscription locale qui avait permis de rassembler des fonds, derrière cette initiative, il y avait toute une ville, les commerçants et les ouvriers syndiqués qui participèrent bénévolement à la construction du Palais de la Croisette. Le festival n’aurait pas pu voir le jour sans le concours de la CGT.
La CGT, cofondatrice du festival, est entrée au conseil d’administration du festival dès 1946 pour ne plus en sortir, le syndicat, a largement contribué à faire sortir de terre ce Palais né sur les cendres de la guerre, de la volonté de voir rayonner la Croisette et en même temps une certaine idée du cinéma. La toute première édition se passera de marches, mais dès 1947, le tout premier Palais des festivals contribuait à pérenniser le plus grand rendez-vous du cinéma en France. La Bataille du rail, le film de René Clément à la gloire de la résistance des cheminots contre Vichy et l’occupant, avait inauguré le palmarès en raflant la toute première Palme d’or, en 1946. On comprend mieux l’alliance, certes paradoxale du monde ouvrier et des strass du festival.
Louis Michel
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