
Au lendemain des élections municipales, L’Est-Éclair titrait : François Baroin réélu dès le premier tour. Il a dominé outrageusement les débats à Troyes avec 66,78% des suffrages exprimés. Pour un cinquième mandat, le maire de Troyes a battu à plate couture tous ses opposants.
Ce titre euphorique est-il aussi jubilatoire qu’il le paraissait ? Pour le maire François Baroin si effectivement il fut reconduit dans son poste de premier magistrat de la ville, par-delà son euphorique victoire, regardons les chiffres de ce résultat d’un peu plus près.
Sur les 29503 inscrits, il y eu 30,64 % de votants. L’abstention atteignant 69,36 % a battu tous les records. Les 66% de la une de L’Est-Éclair exaltait les esprits au point de nous faire imaginer Baroin porté en triomphe par la foule, la couronne de laurier sur le front, tel un empereur romain, mais la baudruche se dégonfla vite quand le pourcentage fut converti en voix. Baroin règne sur la ville de Troyes avec seulement 5903 voix. La faible participation à son élection sape quelque peu, sur le plan moral, sa légitimité et fragilise son autorité. Lorsqu’il y a un pourcentage d’abstention aussi élevé, cela indique une rupture profonde entre les citoyens et l’institution.
Comment expliquer qu’un maire quasi absent de sa ville et à en juger par les quartiers parmi les plus pauvres de France, qui prouve qu’il ne répond pas aux besoins de ses habitants, puisse être encore sollicité ? La question reste posée, après tout, ses adversaires n’ont qu’à faire mieux, pourrait-on dire ? la réponse n’est pas si simple.
Après cinq mandats de mainmise sur la ville, il est très difficile de déboulonner un maire. Dans ce contexte, les raisons sont multiples. La ville de Troyes a un taux de pauvreté de 24 % soit 10% de plus que la moyenne nationale. Dans ces quartiers populaires par manque d’intégration sociale, les plus jeunes, les plus pauvres, les chômeurs ont tendance à s’abstenir. Autrefois les plus précaires avaient encore assez de conscience de classe et d’esprit civique pour aller mettre un bulletin de vote dans l’urne.
Quant aux quartiers les moins impactés par les difficultés, voire bourgeois de la ville, ils sont acquis politiquement à Baroin. Par ailleurs, Baroin bénéficie d’une couverture médiatique nationale et locale, qui lui permet, paradoxalement, d’être présent tout en étant absent. Cette opportunité lui donne l’occasion de glorifier ses actions, certes en trompe l’oeil et plus que discutables, comme par exemple, sur la sécurité, avec ses caméras, et sur l’uniforme à l’école.
Pour inverser la tendance, pour les prochaines élections municipales, le Parti communiste sera représenté par Charline Briot, jeune enseignante, comme cheffe de file. Elle entend rassembler les voix de gauche (PS, Génération S, écologistes, LFI) et plus largement le milieu associatif sur un programme centré sur les services publics, la culture, la santé et une tarification sociale des cantines. Charline Briot entend faire émerger un projet en rupture avec les priorités municipales actuelles. C’est de bon augure !
Louis Michel
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