
Cultiver le souvenir du pire crime commis contre l’humanité. Le 80ème anniversaire de la libération du camp d’Auschwitz a été l’occasion de perpétuer le « devoir de mémoire » que l’on aurait tort de croire intemporel. Tout d’abord, la prise de conscience de l’immensité du génocide perpétré par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale a pris du temps : celui nécessaire aux victimes pour retrouver le courage de parler, celui, indispensable pour comprendre toutes les implications d’une guerre qui avait touché tout le monde, celui des écrivains, des cinéastes, des historiens, véritables « passeurs de paix » d’un message qui concerne toute l’humanité. Aujourd’hui, les derniers témoins sont écoutés, les chefs d’État se réunissent, l’émotion est forte.
Mais les cérémonies se déroulent alors qu’en arrière-plan, les démons du passé s’agitent. Bien entendu, ils sont fort différents. Ils se sont adaptés à l’époque, leurs idées ont pris l’habitude de se travestir, de prospérer dans un environnement a priori hostile. Les anticorps de nos sociétés, épuisés, ne parviennent plus à rejeter les démagogues gominés de « moraline » ou de « bien-pensance » frelatée. Cultiver la mémoire, réfléchir sur l’histoire, ne permet plus de dresser des digues contre l’inacceptable. Le geste, en guise de salut, a marqué l’histoire humaine pour le meilleur et pour le pire. Même si, selon les historiens, le salut romain n’a jamais existé - sauf dans des péplums hollywoodiens des années 1950 -, il a été récupéré par le fascisme italien puis par l’Allemagne nazie.
De quoi le déconsidérer à jamais. Au point que le salut olympique, bras tendu, qui avait fait son apparition en 1920, fut définitivement enterré après la Seconde Guerre mondiale. 80 ans plus tard, les étrangers sont toujours les boucs émissaires et, lorsqu’un milliardaire venimeux et Bannon, fan de Marion Maréchal, effectuent un salut nazi, on nous explique que l’on n’a pas bien vu.
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