LES INÉGALITÉS NE PRENNENT PAS DE CONGÉS
Lors des “Vacances de ouf ” du Secours populaire en 2025

LES INÉGALITÉS NE PRENNENT PAS DE CONGÉS

20 août 2026

L’été, ses plages, ses valises et ses départs en famille. Mais derrière les images de routes chargées et de stations balnéaires bondées se cache une autre réalité : celle de toutes celles et ceux qui ne partent pas. En France, les vacances restent profondément marquées par les inégalités sociales. Selon les revenus, partir quelques jours peut relever de l’évidence ou devenir tout simplement impossible.

Avec la hausse du coût de la vie, le logement, l’alimentation, l’énergie ou les transports absorbent une part importante des budgets. Lorsqu’il faut arbitrer, les vacances sont souvent les premières sacrifiées. Avoir des congés ne signifie donc pas nécessairement avoir les moyens de partir.

Un droit conquis mais pas toujours effectif

Lorsque le Front populaire instaure les congés payés en 1936, il ouvre une conquête sociale majeure : le droit au repos, aux loisirs et au temps libéré du travail. Mais très vite apparaît une évidence : donner du temps libre ne suffit pas si les familles n’ont pas les moyens d’en profiter.

C’est tout le sens du tourisme social, des colonies de vacances et des dispositifs d’aide au départ développés depuis. Une conception des vacances comme un droit et non comme un produit réservé à celles et ceux qui peuvent se l’offrir. Près de quatre-vingt-dix ans plus tard, la question demeure. Le Secours populaire organise ainsi depuis 1979 sa Journée des oubliés des vacances. Le principe repose sur un constat simple : après le 15 août, un enfant qui n’est pas parti a peu de chances de partir avant la rentrée.

Dans l’Aube aussi, des enfants restent à quai

Notre département n’échappe pas à cette réalité. 16,9 % des Auboises et des Aubois vivent sous le seuil de pauvreté. Cette proportion atteint 27,2 % parmi les ménages dont le référent fiscal a moins de 30 ans. L’Aube compte également plus de 15 000 familles monoparentales, particulièrement exposées aux difficultés économiques.

En août 2025, quatre bus avaient quitté l’Aube pour emmener 180 enfants à Paris dans le cadre de la Journée des oubliés des vacances du Secours populaire, accompagnés de 36 bénévoles. Au programme : découverte de la capitale, visite du musée de l’Air et de l’Espace et grand rassemblement festif.

Pour certains, cette journée constituait l’unique véritable sortie de leur été. La CAF de l’Aube propose également des aides aux familles les plus modestes pour financer des séjours familiaux ou permettre aux enfants de partir. L’existence même de ces dispositifs témoigne d’une réalité : pour une partie de la population, quelques jours loin du domicile restent impossibles sans solidarité.

Même les loisirs de proximité ont un coût

Avec les lacs de la Forêt d’Orient, Nigloland ou ses nombreux espaces naturels, l’Aube offre pourtant de nombreuses possibilités à celles et ceux qui restent dans le département. Mais une journée de loisirs représente elle aussi un budget. Déplacement, repas, activités ou billets d’entrée peuvent rapidement représenter plusieurs dizaines d’euros pour une famille.

Et passer une journée au lac ne remplace pas nécessairement un départ. Les vacances, c’est aussi changer d’environnement, découvrir d’autres horizons, rompre avec le quotidien et permettre aux enfants de revenir à l’école avec, eux aussi, des souvenirs à raconter.

Quand les vacances deviennent un luxe

Les associations et leurs bénévoles accomplissent un travail indispensable pour permettre à des milliers d’enfants et de familles de partir. Mais la solidarité ne peut pas, à elle seule, corriger durablement les inégalités.

À l’heure où le pouvoir d’achat reste une préoccupation majeure, les « oubliés des vacances » rappellent une réalité trop souvent absente des cartes postales estivales : les inégalités ne prennent pas de congés. Défendre le droit aux vacances, c’est poursuivre l’ambition ouverte en 1936 : faire du repos, des loisirs, de la culture et de la découverte non pas un privilège, mais une conquête sociale accessible à toutes et tous.

 

 

 

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