TROYES : LES LYCÉENNES ET LYCÉENS VEULENT ÊTRE ENTENDUS, PAS GAZÉS

TROYES : LES LYCÉENNES ET LYCÉENS VEULENT ÊTRE ENTENDUS, PAS GAZÉS

Classes surchargées, conditions d’étude dégradées, inquiétudes pour l’avenir : les jeunes mobilisés à Troyes ont des choses à dire. Leurs témoignages dénoncent aussi les interventions policières devant les établissements. Pour protéger les lycéennes interviewées, leurs propos ont été anonymisés et leurs prénoms remplacés par des prénoms fictifs.

Des revendications bien concrètes

Dès 7 heures, jeudi 1er octobre, Léa, interne au lycée Marie-de-Champagne, était dehors pour participer à la mobilisation. Derrière les pancartes et les tentatives de blocage, elle décrit un quotidien scolaire difficile : « On a des classes à 36, 37, des fois on est même 38 dans les classes. » À ces effectifs s’ajoutent, selon son témoignage, des salles étouffantes en été et un chauffage trop tardif à l’internat lorsque le froid arrive. « C’est des conditions franchement pas possibles », résume-t-elle.

La colère porte aussi sur la surcharge de travail des personnels et leurs salaires. Les élèves disent se mobiliser pour eux autant que pour elles-mêmes. Mais elles réclament également du respect dans les relations au sein du lycée : « Le respect va dans les deux sens », insiste Léa. Être élève, et parfois mineure, ne devrait pas signifier devoir se taire. Les remarques sur les vêtements des filles nourrissent ce sentiment d’injustice.

Débardeurs, décolletés, jupes longues : Léa décrit des injonctions contradictoires et un traitement différent de celui réservé aux garçons. « On n’a pas le droit de s’habiller trop court ni trop long. » À travers ces exemples, c’est leur place dans l’établissement et la manière dont leur parole est considérée qu’elles interrogent.

L’orientation cristallise également les inquiétudes. Parcoursup est vécu comme un système opaque, qui peut fermer les portes d’une formation malgré un bon dossier. « C’est vraiment la loterie », lâche une lycéenne.

« C’est pas parce qu’on se fait gazer qu’on va arrêter »

Manon raconte une mobilisation qui s’organise progressivement : des élèves arrivent avec leurs pancartes, de la musique est diffusée, les discussions s’engagent. « Il y a même une élève qui faisait des discours et qui nous encourageait à parler. » Elle rapporte aussi que des surveillants ont essayé de les protéger et de les prévenir des interventions policières.

Le récit des jeunes est marqué par les gaz lacrymogènes, les interpellations et les malaises. Une lycéenne affirme que des pompiers venus secourir les manifestants ont eux aussi été exposés aux gaz. Ces témoignages soulèvent une question majeure : quelle réponse est apportée à des jeunes qui cherchent à faire entendre leurs revendications ?

La peur n’efface pas leur détermination. « C’est pas parce qu’on se fait gazer qu’on va arrêter », affirme Manon. Leur inquiétude dépasse d’ailleurs les grilles du lycée : elles parlent de la montée de l’extrême droite et du monde dans lequel elles devront vivre. « Moi, personnellement, je veux pas un avenir comme ça », dit-elle.

Des réponses, pas la répression

Dans son communiqué du 2 octobre, le PCF de l’Aube dénonce les violences policières rapportées devant les lycées, évoquant gaz lacrymogènes, tirs de LBD et interventions brutales. Il annonce une interpellation du préfet en lien avec Charline Briot, élue communiste à la mairie de Troyes, mobilisée aux côtés des lycéennes et lycéens.

Au niveau national, le PCF demande le retrait des interdictions de manifester aux abords des lycées. Il condamne les violences et les incendies, ainsi que l’usage disproportionné de la force, et réclame des recrutements, des remplacements et la rénovation des établissements. Il défend aussi la suppression de Parcoursup et la création de places dans le supérieur. De nouvelles mobilisations sont déjà annoncées. À Troyes, les jeunes demandent déjà qu’on les écoute.

 

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