
Sur le terrain de Roland-Garros, les patrons ont fait leur rentrée. Le ton était donné dans cette première journée où le courage a surtout consisté à demander aux autres des efforts. Le ramasseur de balles, Patrick Martin, président du Medef, devant un parterre de chefs d’entreprise et de personnalités politiques, nous a offert un spectacle poignant, en s’adressant aux candidats à la présidentielle en demandant la fin de l’État-providence… Comble de l’ironie quand on sait qu’avec la mise en place en France d’un dispositif d’aide aux entreprises, ce gavage d’argent public, elles encaissent à coup d’exonérations et allègements de cotisations sociales (de 80 à 90 milliards), niches fiscales et baisse d’impôt (70 à 80 milliards) subventions directes et aides budgétaires (20à 30 milliards) et autres dispositifs, qui coûtent à l’État environ 211 milliards par an. Par ailleurs, il a demandé à l'État d'assouplir davantage le Code du travail ou de durcir les règles d'indemnisation du chômage. Ses larmes de crocodile, n’ont pas empêché les entreprises du CAC 40 de verser l’an dernier plus de 107 milliards d’euros à leurs actionnaires qui accaparent 70 % des profits sous forme de dividendes ou de rachats d’actions, record historique. Il faut bien réaliser que c’est aux salariés produisant les richesses que cette rente est arrachée.
Le résultat de cette philanthropie à sens unique est saisissant : les dividendes battent des records, les plans de licenciements dits « de sauvegarde de la compétitivité » s'enchaînent, et le déficit public se creuse. C'est là tout le génie du modèle : utiliser l'argent du contribuable pour financer l'effort de guerre, distribuer les bénéfices aux actionnaires, et demander aux mêmes contribuables de rembourser l'addition au nom de l'effort national. Ces mendiants sans vergogne, en costume-cravate sont les vrais assistés de la République.
Michel Grossmann
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