
Il faut faire machine arrière pour essayer de comprendre le vote en faveur de l’extrême droite en Allemagne. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, la partie Est de l’Allemagne fut divisée en quatre zones d'occupation entre les Alliés.
Si à la fin à la Seconde Guerre mondiale l’URSS ressort grandie sur la scène internationale, sur le plan intérieur, avec 27 millions de morts, des terres agricoles ravagées et des destructions massives, le pays est exsangue.
Contrairement à la République Fédérale allemande, qui a bénéficié d’une aide financière massive (le plan Marshall américain), la République Démocratique allemande a plutôt subi des prélèvements économiques au profit de l'URSS dans les premières années, créant un fossé dans son développement.
Après ce qu'elle avait subi, l'URSS n’avait pas les moyens d’aider la RDA à la hauteur de ses besoins. À la fin de 1989, l’économie de la RDA s’effondre. La chute du mur de Berlin accélère la réunification des deux Allemagnes. En 1990, la RDA rejoint la RFA, mettant fin à la division de l’Allemagne. L'euphorie a dominé au départ, mais la transition a engendré des difficultés économiques importantes (fermeture d'usines considérées non rentables, chômage en RDA) et un coût financier colossal pour la modernisation des infrastructures.
C’est ce contexte larvé par les différentes crises, qui a progressivement permis à l’AfD (parti d’extrême droite) de s’implanter et d’obtenir près de 44 % des voix en Saxe-Anhalt dimanche dernier. Une percée historique qui pourrait permettre à un parti d’extrême droite de gouverner un Land pour la première fois depuis la Seconde Guerre mondiale.
Même un pays qui a fait de la mémoire du nazisme un pilier de son identité démocratique peut tomber dans le piège et voter pour une nouvelle extrême droite. Mais que reste-t-il de la mémoire historique lorsque la peur, la colère et le nationalisme prennent le dessus ? Cette victoire ne signifie évidemment pas que 44 % des électeurs allemands souhaitent le retour du nazisme. Assimiler automatiquement le vote AfD à une adhésion au nazisme serait à la fois historiquement faux et politiquement trop simpliste.
Le vote d'extrême droite en Allemagne ne peut donc pas être expliqué uniquement par un « oubli du nazisme ». Il est le produit de nombreuses inquiétudes contemporaines. Portée par un sentiment de déclassement économique, face à l'inflation et aux incertitudes de l’avenir, l'attrait des discours populistes aidant, l'extrême droite a capitalisé sur la colère d'une partie de la population. Une partie des électeurs a exprimé un sentiment d’exclusion, de relégation économique, de manque de représentation dans les hautes sphères politiques et économiques. Comme toujours, l’extrême droite prétend restaurer l’ordre, mais prospère sur le désordre.
© 2026 - La Dépêche de l’Aube
Création : Agence MNKY