

Au fil de l'été 36 (9)
Fin juillet 1936, le gouvernement du Front populaire suspend les livraisons d’armes françaises à l’Espagne. La politique de non-intervention qui se met en place, avec la création le 9 septembre d’un comité international, pose rapidement problème : l’Allemagne nazie et l’Italie fasciste soutiennent ouvertement les troupes du général Franco dans leur assaut contre la République espagnole.
Chaque semaine, La Dépêche de l’Aube et de la Haute-Marne accorde une large place à la guerre civile et aux initiatives de solidarité avec les républicains. Le 8 août, elle recueille le témoignage de deux sportifs troyens de la FSGT, Germain Bidault et René Longouille. Délégués aux Olympiades populaires de Barcelone, ils sont rentrés après le déclenchement de la rébellion franquiste. Ils racontent leur arrivée enthousiaste, vite assombrie par l’attaque de l’hôtel où résident les délégations et le mitraillage aérien du stade où s’entraînent les athlètes.
Le 15 août, l’hebdomadaire reprend le mot d’ordre du PCF : « Ni intervention ni neutralité mal comprise. » P. Desgny rend compte du Rassemblement universel pour la paix de Saint-Cloud et des initiatives organisées à Pont-sur-Seine, Mézières, Pont-Sainte-Marie, Romilly, Nogent, Langres, Chalindrey, Villenauxe… Ces rassemblements, écrit-il, expriment la volonté de défendre la paix, mais aussi « un immense élan vers la République espagnole ». Il cite Maurice Thorez : « La défaite de la République espagnole serait notre propre défaite. Elle compromettrait gravement la sécurité et l’avenir de notre pays. Il faut aider, il faut soutenir la République espagnole. »
La Dépêche répond à l’appel. Le 29 août, sa Une proclame : « Pour l’aide au peuple espagnol », et appelle à un rassemblement au stade Gaston-Arboin (Troyes). Pierre Parigaux écrit : « Nous sommes contre l’intervention, mais nous ne saurions sous le prétexte de neutralité laisser armer les factieux et refuser les armes nécessaires au gouvernement régulier. » Le journal publie aussi l’opinion de Louis de Brouckère, président de l’Internationale socialiste, favorable à l’aide aux républicains.
Le 6 septembre, plusieurs centaines de travailleurs réunis à l’appel de la Région troyenne du PC adressent leurs « encouragements chaleureux aux héros espagnols » et demandent au gouvernement Blum « la levée du blocus et l’application du strict droit international ». Leur appel se conclut : « Des avions et des canons pour l’Espagne républicaine. » René Plard, maire de Troyes, à l’issue d’une rencontre avec le comité de solidarité, annonce que la municipalité accueillera quarante enfants espagnols.
Le 12 septembre, sur toute la largeur de sa Une, La Dépêche titre : « Des avions, des canons pour l’Espagne ». Yves Cuvilliers, secrétaire adjoint de la Région du Parti, qui sort d’un an de clandestinité, signe l’éditorial : « Sauver l’Espagne, c’est sauver la paix. »
À suivre
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