
Doubler les franchises médicales
Après les restrictions sur les arrêts maladie, les économies imposées à l’hôpital public et les difficultés croissantes d’accès aux soins, le gouvernement s’apprête à franchir une nouvelle étape. Il veut porter de 100 à 200 euros le plafond annuel des franchises médicales sur les consultations, les médicaments et les examens. Une mesure qui avait pourtant été rejetée par les députés lors de l’examen du budget de la Sécurité sociale.
Faire payer les malades
Depuis leur création en 2008, les franchises médicales n’ont cessé d’augmenter. Elles concernent les consultations, les médicaments, les actes paramédicaux ou encore les transports sanitaires. En 2024, le gouvernement en avait déjà doublé le montant. Aujourd’hui, il souhaite doubler également leur plafond annuel.
La justification avancée est toujours la même : réduire le déficit de la Sécurité sociale. Pourtant, cette logique fait peser l’effort sur les assurés plutôt que sur les recettes de notre système de protection sociale.
Les personnes atteintes de maladies chroniques, celles qui doivent consulter régulièrement leur médecin ou suivre un traitement au long cours seront les premières concernées. Pour des millions de patients, ce sont autant d’euros supplémentaires qui viendront s’ajouter à un reste à charge déjà en constante progression.
À force d’accumuler les participations forfaitaires, les franchises et les déremboursements, une évidence s’impose : l’accès aux soins devient progressivement plus coûteux.
Dans l’Aube, une mesure encore plus injuste
Cette décision aura des conséquences particulièrement lourdes dans un département comme le nôtre. L’Aube souffre depuis plusieurs années d’un désert médical qui ne cesse de s’aggraver. Dans de nombreux territoires ruraux, obtenir un rendez-vous chez un médecin généraliste relève déjà du parcours du combattant. Les spécialistes sont parfois absents et les délais d’attente s’allongent. Beaucoup d’habitantes et habitants doivent parcourir plusieurs dizaines de kilomètres pour consulter, avec les frais de transport que cela implique.
Dans ces conditions, augmenter le coût des soins revient à ajouter un obstacle supplémentaire.
Les personnes âgées, nombreuses dans notre département, les patients atteints d’affections de longue durée, les familles modestes ou encore les habitants des zones rurales risquent davantage de repousser une consultation ou de différer un traitement. Or chacun sait qu’un soin retardé est souvent un soin plus lourd, plus complexe et plus coûteux quelques mois plus tard.
À cela s’ajoute une autre réalité : faute de médecins de proximité, les services d’urgence sont déjà fortement sollicités. Faire renoncer davantage de personnes aux soins de premier recours ne peut qu’aggraver cette situation.
Une autre logique est possible
Le gouvernement présente cette mesure comme une nécessité budgétaire. C’est avant tout un choix politique.
Depuis plusieurs années, les économies sont systématiquement recherchées en les faisant supporter par les patients, tandis que les difficultés structurelles de notre système de santé demeurent : manque de médecins, fermetures de lits hospitaliers, crise des urgences, pénurie de personnels soignants.
La Sécurité sociale n’a pourtant pas été créée pour faire payer davantage les malades. Elle repose sur un principe simple : chacun cotise selon ses moyens et reçoit selon ses besoins. Plutôt que d’augmenter les restes à charge, il faudrait renforcer l’hôpital public, lutter contre les déserts médicaux, former davantage de professionnels de santé et garantir un véritable accès aux soins sur l’ensemble du territoire.
Parce que la santé ne peut pas devenir un luxe, nous refusons que les difficultés budgétaires servent une nouvelle fois de prétexte pour demander toujours plus d’efforts à celles et ceux qui sont déjà les premiers touchés.
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