

Au fil de l'été 36 (8)
Le 16 février 1936, le Front populaire remporte les élections en Espagne. Le 3 mai, c’est autour du Front populaire français de triompher. Dans la foulée, un puissant mouvement de grèves se déclenche dans tout le pays. Pour la première fois, les salariés occupent leurs lieux de travail. Le gouvernement de Léon Blum entre en fonction le 4 juin.
Sous la pression du rapport de force créé par les travailleurs, patronat et syndicats négocient. Les accords Matignon sont conclus dans la nuit du 7 au 8 juin, puis les grandes lois sociales sont votées dans les jours qui suivent : semaine de quarante heures, congés payés, conventions collectives… Des conquêtes historiques.
Au même moment, la situation bascule en Espagne. Les 17 et 18 juillet, le soulèvement militaire du général Franco marque le début de la guerre civile. Très vite se pose une question qui divise le Rassemblement populaire : faut-il aider la République espagnole agressée par les forces fascistes ? La politique de non-intervention adoptée par le gouvernement français nourrit un vif débat.
Dès son numéro du 1er août 1936, La Dépêche de l’Aube publie un éditorial de P. Desgny intitulé Une expérience à ne pas répéter – Les événements d’Espagne. Le ton est donné dès les premières lignes : « 19 juillet 1936 : un coup de tonnerre éclate sur l’Europe occidentale. Les fascistes espagnols, les mercenaires de Gil Robles et de la camarilla monarchiste, chassés du pouvoir par le peuple espagnol, déclenchent la guerre civile. » L’auteur affirme ensuite que « ce mouvement est dirigé, payé et soutenu par l’Allemagne hitlérienne » avant d’en tirer une leçon politique : « Ces événements nous montrent combien, ici en France, nous devons nous inspirer de cette expérience pour ne pas la renouveler. »
Pour P. Desgny, les gouvernements d’Azaña et de Quiroga ont commis une erreur fatale en n’épurant pas suffisamment l’armée, la police, la magistrature ou encore le corps diplomatique. « Le résultat est là aujourd’hui », écrit-il, avant de conclure : « Pour éviter une honte semblable à la France, oeuvrons pour de forts comités de Front populaire et que, sans délai, le gouvernement mette hors d’état de nuire les dirigeants des factieux et leur presse. »
Cette analyse est prolongée par un article de J. Thoyer, du Secours rouge du Maroc. Il affirme que « l’insurrection fasciste a été complotée et organisée au Maroc espagnol, avec la complicité des fascistes français ». Il en tire un avertissement : le gouvernement français « ne doit pas laisser un jour de plus les factieux occuper les cadres de l’armée et de l’administration au Maroc et en Algérie ». J. Thoyer, qui participera ensuite dans l’Aube aux initiatives de solidarité en faveur de l’Espagne républicaine, réclame notamment le limogeage de Peyrouton et prévient : « Si l’on tarde, l’incendie gagnera aussi le Maroc français et l’Algérie. »
Le soutien à l’Espagne républicaine devient dès lors un thème majeur des colonnes de La Dépêche de l’Aube.
A suivre.
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