

Au fil de l'été 36 (6)
Le séisme provoqué par la crise de 1929 aux États-Unis, dont les conséquences se sont propagées au monde entier, n’a pas frappé que le monde ouvrier. Les paysans ont eux aussi payé un très lourd tribut.
Les surproductions entraînent l’effondrement des prix, notamment celui du blé, les difficultés d’écoulement des récoltes, le surendettement et les faillites, conduisant à de nombreuses expropriations. La misère du monde paysan est alors comparable à celle des ouvriers. Tous sont victimes des trusts, des intermédiaires et de la spéculation, tandis que les gouvernements qui ont précédé le Front populaire ont renoncé à mettre en oeuvre les réformes promises pour garantir un revenu aux producteurs et réguler les marchés.
Durant l’été 1936, La Dépêche de l’Aube et de la Haute-Marne accorde une large place à la défense de la paysannerie et aux mobilisations en faveur d’une revendication portée dès l’origine par le Parti communiste : la création d’un Office national interprofessionnel du blé. Reprise dans ses grandes lignes par le programme du Front populaire, cette proposition devient réalité avec la loi du 15 août 1936. Aux côtés des quarante heures, des congés payés et des conventions collectives, cette réforme constitue l’une des grandes conquêtes de l’été 1936. Elle est rendue possible par le puissant mouvement de grèves avec occupations d’usines, qui crée un rapport de force obligeant le patronat à céder et permet d’aller bien au-delà des engagements initiaux du Rassemblement populaire.
Chaque semaine, la tribune paysanne de la première page est confiée à Jean Flavien, cultivateur à Voué (Aube) et dirigeant communiste. Ses articles, remarquablement documentés, sont à mille lieues des généralités. Il éclaire aussi bien les enjeux politiques débattus à la Chambre et au Sénat que les aspects techniques de la réforme. Lorsque des difficultés apparaissent dans l’élaboration de la loi, notamment pour la rémunération des producteurs des départements excédentaires, dont fait partie l’Aube, il les expose sans détour « afin de ne pas ménager de déboires redoutables aux cultivateurs de nos régions et faisant cela nous nous montrons, encore et comme toujours en toutes occasions les meilleurs défenseurs de la paysannerie, pendant que dans le même temps nous interdisons aux adversaires du Front populaire l’exploitation de cette situation ».
Et de conclure, dans La Dépêche de l’Aube du 25 juillet 1936 : « Vous voulez défendre l’agriculture ? Alors très bien, travaillons ensemble à l’élimination de ces difficultés, car nous voulons à tout prix que l’expérience réussisse pour le salut de l’agriculture française. » Quelques semaines plus tard, le Journal officiel du 27 août 1936 publie la composition du premier Conseil central de l’Office national interprofessionnel du blé (ONIB). Jean Flavien y est nommé parmi les représentants des producteurs agricoles.
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