

Les classiques sont à l'honneur, Shakespeare, Molière (beaucoup), La Fontaine, Racine... AndromaK donnée au théâtre des Carmes part d'un parti pris original : de jeunes acteurs, aux parcours différents, issus de pays étrangers parfois en guerre, disent les vers de Racine et ces vers qui parlent des ravages de la guerre de Troie et de ses conséquences laissent place aux sentiments personnels, peur, désirs, colère... de celles et ceux qui les disent. Comme le dit le metteur en scène, Cyril Cotinaut, « qu'une pièce vieille de 400 ans puisse encore résonner à notre époque, là est la tragédie ». Dans Andromaque la violence de la colonisation, la mise en esclavage de la population et surtout des femmes passent au second plan ; les amours passionnelles et impossibles qui mènent au suicide, voilà ce qu'attendait la Cour de Louis XIV. Les jeunes acteurs rebattent les cartes et Racine, tout d'un coup, nous parle de l'état du monde, le nôtre, hélas.
Les Nuits blanches de Dostoïevsky, roman paru en 1848, a été adapté à la Chapelle des Templiers par Ronan Rivière : l'action se passe dans un abribus des années 60 en URSS où un jeune homme et une jeune femme se rencontrent quatre nuits consécutives ; deux rêveurs qui parlent chacun de leur solitude et de leur désir de rencontrer l'amour et, pour elle, de devenir indépendante. Lui, prenant appui sur cette rencontre, cherche à se débarrasser d'une mélancolie poisseuse et pense être tombé amoureux d'elle et pouvoir en être aimé. En vain. Un pianiste qui joue du Rachmaninov accompagne son espoir puis sa désillusion. Mais pour elle, son désir se concrétise avec la réapparition de l'homme qu'elle avait décidé d'aimer et qui avait disparu, et elle se libère de ses chaînes familiales, symbolisées par des épingles avec lesquelles sa grand-mère avait attaché sa robe à la sienne pour qu'elle ne s'échappe pas. La femme est l'avenir de l'homme, non ?
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