

Au fil de l'été 36 (5)
Après la victoire électorale de mai 1936 et les conquêtes sociales arrachées au fil des grèves avec occupations, s’annonce le 14 juillet. Comment La Dépêche de l’Aube et de la Haute-Marne prépare et raconte l’événement ?
Dans l’éditorial du 11 juillet, Pierre Parigaux rappelle : « C’est au soleil du 14 juillet (1935) qu’un serment fut fait, et il sera renouvelé avec éclat mardi prochain. » Ce serment est celui des forces du Rassemblement populaire : rester unies contre le fascisme et fidèles au mot d’ordre qui résume leur programme : Pain, Paix, Liberté.
À la une, sur sept colonnes, un bandeau claque comme un tambour : « 1789-1936. Danton à Arcis-sur-Aube, Diderot à Langres furent les artisans de la grande Révolution française - Héritiers des meilleures traditions révolutionnaires, soyons unis dans le Front populaire. Participez aux meetings et rassemblements prévus. » Le ton est donné. L’appel du comité régional présente le 14 Juillet comme une fête révolutionnaire : la prise de la Bastille, symbole de la lutte du peuple contre la tyrannie ; la Fête de la Fédération (1790), célébration de l’unité nationale née de la Révolution. Le Front populaire est désigné comme l’héritier direct de 1789.
Les travailleurs sont appelés à défiler sous le drapeau tricolore, élevé au rang d’emblème des conquêtes révolutionnaires et de la nation. Les communistes revendiquent l’héritage des grands révolutionnaires ; Diderot et surtout Danton, enfants de Langres et d’Arcis sur Aube, sont cités en précurseurs du progrès, de la liberté et de la défense de la République face aux menaces extérieures.
Le patriotisme est mis en avant : défendre la France et la République est un devoir. Danton est invoqué pour rappeler que le peuple doit se mobiliser contre les ennemis de la nation. Le Parti communiste se présente ainsi comme un parti national, poursuivant l’oeuvre des révolutionnaires de 1789, et appelle à célébrer le 14 Juillet en unissant patriotisme et combat social.
Cet appel est d’abord un appel à l’unité populaire : malgré les difficultés économiques et les divisions entretenues par « la bourgeoisie », il faut rester soudés pour défendre l’intérêt du pays et faire triompher la justice sociale.
Une semaine plus tard, l’hebdomadaire donne à voir une fête « enthousiaste », « bien organisée », où le Groupe Octobre multiplie les interventions. La participation populaire est immense. La solennité des cérémonies officielles répond à la liesse des quartiers. Entre la mémoire de Danton et l’espérance du Front populaire, La Dépêche raconte un 14 Juillet où l’ordre, la joie et l’héritage révolutionnaire se conjuguent au présent.
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