

Culture
Eugène Ionesco s’était bien amusé en écrivant cette pièce loufoque en 1950. Mais elle n’avait diverti que quelques uns de ses amis, Queneau ou Grasset, et déçu le public qui l’avait copieusement sifflée.
Il est vrai que ce vaudeville ne répondait pas aux canons habituels du théâtre de l’époque dont il prenait plutôt le contre-pied. Il en critiquait le langage ou la psychologie. Il s’inscrivait aussi dans une crise profonde du langage littéraire dénoncée par Roland Barthes.
Mais en 1957 tout bascule, la pièce est jouée 20 000 fois et, 65 ans après, on la joue encore. C’est le TPC 1 qui s’en empare, au théâtre Gérard Philipe pour son Atelier de théâtre. Ionesco est un des maîtres du théâtre de l’absurde. Les troupes amateures adoraient s’y frotter à cause de ce pied de nez au langage et du burlesque des situations. Mais, sous-entendue, était aussi accusée l’absurdité d’un monde sortant de la guerre. Le TPC a jugé que cela pouvait convenir au nôtre.
Le public, lui, est venu aussi pour oublier ses soucis et applaudir six excellents comédiens qui ont su, grâce au TPC, bousculer le bon sens, découdre le beau langage, se moquer de personnages ridicules, vidés d’humanité. Et vive la bouffonnerie, donc !
Deux couples se font face, les Martin, et les Smith, aussi loufoques les uns que les autres. Jolie prestation de Gérald Bazin. Et d’Émilie Martins pour le premier et de d’Aude Caille et Jean-Pierre Cahier pour le second. Les personnages de la bonne (Anna Zajac) et du capitaine des pompiers (Stéfane Rieu) tiennent fort bien leur rôle décalé et bouffon. Tout ce tohu-bohu ne peut être savouré que grâce au travail de mise en scène des de répétitions de Marie-Hélène Aïn et de Catherine Lefèvre.
Faut-il tirer une leçon aujourd’hui de cette critique féroce du langage accusé de ne plus être efficace pour mener les combats d’aujourd’hui ? Mais est-ce seulement le langage qui permettra de changer la vie ?
1) Théâtre Populaire de Champagne.
© 2026 - La Dépêche de l’Aube
Création : Agence MNKY