

Le premier mai 1936, La Dépêche de l’Aube rend compte d’une mobilisation ouvrière exceptionnelle. À Troyes comme dans tout le pays, de nombreuses usines sont à l’arrêt, la grève est largement suivie et près de 5 000 manifestants défilent dans les rues. Pour l’hebdomadaire communiste, cette démonstration de force annonce une nouvelle étape des luttes sociales.
Le 3 mai 1936, la victoire électorale du Front populaire accélère encore les événements. Léon Blum accepte de former le gouvernement, mais celui-ci n’entre en fonction que le 4 juin.
Dans cet intervalle, les grèves se multiplient. Parties de l’aéronautique, elles gagnent rapidement la métallurgie puis l’ensemble du pays. L’occupation des usines, pratique jusqu’alors inédite, se généralise.
De semaine en semaine, La Dépêche de l’Aube suit l’extension du mouvement, relaie les revendications et accorde une place importante à l’expression des principaux responsables syndicaux : Marcel Mathieu (syndicat du textile) et Adrien Gennevois (Union locale de Troyes).
Les accords de Matignon des 7 et 8 juin constituent une première victoire. Le journal en souligne aussitôt l’importance : augmentations de salaires, reconnaissance du droit syndical, délégués ouvriers, conventions collectives… Mais il rappelle aussi que rien n’est définitivement acquis. Dans les entreprises, il faut désormais faire appliquer ces décisions et obtenir satisfaction sur les revendications particulières.
Dans l’Aube, les organisations syndicales préparent minutieusement l’action. Textile, métallurgie, bâtiment : des cahiers de revendications sont élaborés et remis aux directions. Le rapport de force est favorable aux salariés. La CGT laisse au patronat une alternative simple : négocier ou s’exposer à des grèves avec occupation.
Le numéro du 13 juin accorde une large place au textile, principale industrie du département. Adrien Gennevois, secrétaire de l’Union locale de la CGT de Troyes, y retrace les négociations conduites sous l’égide de l’inspecteur départemental du Travail.
L’accord conclu avec la Chambre patronale prévoit notamment une augmentation générale de 10 % des salaires, la liberté syndicale et l’engagement d’appliquer les futures lois sur la semaine de quarante heures, les congés payés et les conventions collectives.
Pour autant, La Dépêche de l’Aube montre que ces premiers succès ne mettent pas un terme au mouvement. Dans plusieurs entreprises, dont Devanlay-Recoing, les ouvrières et ouvriers doivent avoir recours à la grève avec occupation afin d’obtenir l’application effective des accords et la satisfaction de leurs revendications.
À suivre
© 2026 - La Dépêche de l’Aube
Création : Agence MNKY