

On se rappelle le choc international que fut en 2001 la destruction par bombardement des Bouddhas de Bamyan en Afghanistan, des statues de 55m et 38m de haut, des VIè et VIIè s. Les Talibans signifiaient ainsi que tout ce qui était antérieur à l'islamisation n'avait pas existé. Depuis les sites religieux, inscrits ou non au patrimoine mondial de l'UNESCO, sont devenus la cible privilégiée des agresseurs : un an après le 7 octobre 2023, 814 mosquées et 3 églises ont été détruites à Gaza par l'armée israélienne, selon le ministère des Affaires religieuses palestinien. La cathédrale de Kiev, site inscrit lui aussi à l'UNESCO, vient d'être en partie incendiée suite à des bombardements de l'armée russe. Outre le fait de constater que l'ONU et sa branche culturelle de l'UNESCO n'ont plus aucune influence quand il s'agit de colonisation, quel est l'intérêt stratégique de s'attaquer à des sites religieux ?
La religion, d'un mot latin signifiant relier, est faite à l'origine pour relier les habitants d'un même pays à un récit sacré donc intangible, ce qui assure une unité cultuelle et culturelle, même si tous les habitants n'y adhèrent pas. En détruisant les lieux de culte, cette unité est censée disparaître, les habitants supposés se sentir déracinés et devenir ainsi prêts à obéir à l'envahisseur, hormis celles et ceux qui s'engageront dans la résistance. Ne pas hésiter à toucher au sacré, dimension intellectuelle qui semble, comme l'art, propre à l'humanité, est aussi destiné à terroriser puisque l'humanité des attaqués est déniée. Trump n'avait pas hésité à dire le 7 avril en parlant de l'Iran « une civilisation entière va mourir ce soir ». Certes, on peut voir derrière tout cela la mégalomanie meurtrière de vieux mâles blancs occidentaux, mais, et surtout, ce qui est préparé par ces destructions est une révision de l'histoire permettant de dérouler sans complexe le tapis rouge - de sang - aux capitalistes de la reconstruction.
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