
Cheminots
La grève du 10 juin, à l’appel de quatre syndicats de la SNCF, a été un succès. Près d’un cheminot sur deux a cessé le travail. Dans l’Aube comme au niveau national, les perturbations ont fortement affecté le trafic. Ce mouvement constitue un avertissement révélateur d’une profonde tension sociale au sein du groupe ferroviaire. La direction a annoncé la tenue d’une table ronde le 23 juin. Si aucune avancée concrète n’en ressort, la mobilisation pourrait prendre une tout autre ampleur.
Alors que les prix continuent d’augmenter et que le coût de la vie pèse toujours plus lourdement sur les salariés, les cheminotes et cheminots voient leur pouvoir d’achat reculer. Avec une inflation supérieure à 2,5 % et une hausse salariale limitée à 0,19 % à la SNCF en 2026, l’écart est devenu insupportable.
Pourtant, lors de la réunion de branche du 28 mai, le patronat ferroviaire a affirmé qu’il n’existait « pas de problème de pouvoir d’achat ». Une déclaration vécue comme une provocation par des salariés confrontés chaque jour à la hausse des dépenses contraintes, tandis que les directions exigent toujours davantage de productivité.
Cette situation n’est pas une fatalité économique, mais un choix politique, a souligné Thomas Conroux, de la CGT, lors d’une assemblée générale. La preuve : l’État et la direction de la SNCF ont annoncé un plan de modernisation du réseau ferroviaire portant les investissements annuels à 4,5 milliards d’euros à partir de 2028. Sur cette somme, 500 millions d’euros proviendront directement des bénéfices réalisés par l’entreprise.
Autrement dit, une part importante des richesses créées par le travail des cheminots servira à compenser le désengagement financier de l’État plutôt qu’à améliorer les salaires ou les conditions de travail. Dans le même temps, les restructurations se poursuivent.
Après la liquidation de Fret SNCF, suppressions d’emplois, filialisations, externalisations et réorganisations permanentes répondent à une même logique : adapter le rail aux exigences de la concurrence et de la rentabilité. Les conséquences sont lourdes : dégradation des conditions de travail, perte de sens, éclatement des collectifs et souffrance croissante des salariés.
Les chiffres sont alarmants. Depuis le début de l’année, treize suicides d’agents SNCF ont été recensés. Début juin, un agent de l’Infrapole Aquitaine a également perdu la vie sur un chantier. Un cheminot sur trois déclare souffrir de troubles anxieux ou dépressifs, tandis que les accidents du travail se multiplient.
Face à cette offensive sociale, les organisations syndicales appellent à construire un rapport de force durable. Car une seule journée de grève ne suffira pas. L’enjeu dépasse les seules questions salariales : il s’agit de défendre l’avenir du service public ferroviaire, l’unité de la SNCF et la dignité de celles et ceux qui la font vivre chaque jour.
Les cheminots refusent de choisir entre leurs acquis sociaux, leur santé et leur salaire. Ils revendiquent le droit de vivre dignement de leur travail et d’exercer leur métier dans des conditions respectueuses des femmes et des hommes qui font rouler le rail français.
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