
Troyes
Le Canon Français a organisé le week-end dernier plusieurs banquets à Troyes. Derrière l’image festive, l’événement s’inscrit dans une stratégie politique et idéologique assumée, et pose la question du rôle des équipements publics.
Un événement massif dans un lieu public
Le week end dernier, le Canon Français a organisé à Troyes trois banquets géants à l’Espace Argence, un équipement municipal financé par les habitants. Plus de 4 000 participants étaient attendus pour ces événements présentés comme festifs, entre produits du terroir, chants et mise en scène patriotique. L’événement se veut populaire, convivial, enraciné dans une certaine tradition française. Mais cette présentation masque une réalité plus politique, que de nombreux observateurs pointent depuis plusieurs mois.
Une organisation inscrite dans un réseau idéologique d’extrême droite
Le Canon Français n’est pas une simple structure événementielle. Depuis 2024, il s’inscrit dans la galaxie économique du milliardaire Pierre-Édouard Stérin, dont un fonds d’investissement a pris le contrôle. Pierre-Édouard Stérin est connu pour financer des projets médiatiques, culturels et politiques conservateurs. Son objectif assumé est d’influencer le débat public et de structurer une offre idéologique d’extrême droite. Dans ce contexte, les banquets du Canon Français prennent une dimension particulière : ils ne sont pas seulement festifs, ils participent à une stratégie culturelle et politique plus large.
Ces rassemblements mettent en scène une vision arriérée de la France, où identité, tradition et nationalisme occupent une place centrale. Derrière les grandes tablées festives et les slogans sur la « France éternelle », c’est un imaginaire politique qui est mobilisé.
Une vision qui exclut et oppose, loin des valeurs d’égalité et de solidarité portées par le service public. Ce type d’événement s’inscrit dans une offensive culturelle où le festif sert de vecteur à un discours politique d’extrême droite. La polémique autour du Canon Français n’est pas nouvelle. Comme l’ont rappelé nos confrères de L’Est Éclair, après un banquet organisé à Caen, des participants ont été accusés d’avoir proféré des insultes racistes et effectué des saluts nazis dans des bars de la ville après la soirée.
Ces faits témoignent d’un climat et d’un environnement idéologique violent. Ils ne peuvent être balayés d’un revers de main, tant ils révèlent les dérives possibles autour de ces rassemblements.
Un choix politique, pas neutre : L’espace public en question
Accueillir ce type d’événement dans un équipement municipal, ce n’est pas neutre. C’est offrir une visibilité et une légitimité à une organisation inscrite dans un réseau idéologique structuré. Le maire de Troyes ne s’est pas seulement contenté de l’accueillir, il est allé sur place s’afficher avec les organisateurs et soutenir l’initiative.
C’est aussi envoyer un message : celui que ces initiatives ont leur place dans l’espace public, sans remise en question. Un équipement municipal n’est pas une salle comme les autres. Il incarne l’intérêt général, les valeurs du service public et le vivre-ensemble. Le mettre à disposition d’un événement porteur d’une vision politique réactionnaire pose une question de fond : quelles sont les limites ? quelles sont les responsabilités des collectivités ? La question ici n’est pas seulement faire la fête et manger mais bien, quelle société nous souhaitons voir s’installer.
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