
Avec les éditions Hachette, Hatier, Dunod, Armand Colin, Grasset, etc. Vincent Bolloré est devenu l’éditeur n°1 de l’édition scolaire en France. L’homme de l’extrême droite tisse sa toile en détenant le quasi monopole dans l’édition scolaire, c’est un risque pour l’éducation et la démocratie. Ce n’est pas qu’une perspective financière, il sait que les affaires scolaires sont aussi un enjeu politique. Cela explique en quoi l’achat des manuels scolaires est tout sauf anodin pour Bolloré.
Cependant, si les éditeurs n’ont pas directement la main sur les programmes, ils sont toutefois libres de les présenter sous certains angles rédactionnels ou avec des illustrations qui correspondent à une « ligne éditoriale » très orientée . Sans compter « qu’acheter un manuel scolaire édité par Bolloré, c’est financer l’extrême droite ». Alors que plus de 74% des éditeurs sont aujourd’hui détenus par un milliardaire ultra réactionnaire, ultralibéral et fondamentalement opposé à l’École publique et ses valeurs, on sait que les manuels scolaires ne sont pas de simples livres, de simples livres commerciaux : ce sont des outils de formation, des supports officiels de formation intellectuelle pour des millions d’élèves. D’autant qu’il possède 84% des livres du parascolaire, une présence ultra dominante dangereuse dans la presse pour la jeunesse.
L’air de ne pas y toucher, il sait comment s’y prendre pour formater politiquement une grande partie des adultes avec ses médias (presse, télé, radio, sans oublier son pré-carré du réseau des librairies « Relay ») qui diffusent sans cesse son idéologie nauséabonde. Alors avec la jeunesse il s’y entend, on peut lui faire confiance pour orienter de manière dissimulée son projet de mainmise sur les esprits en formation.
Son projet, longtemps caché, se dessine ainsi de plus en plus nettement. Sa mission ? Défendre une France qu’il fantasme menacée par un péril identitaire et existentiel, en désignant des boucs émissaires (la gauche, les immigrés, LGBTQ+, écologistes, bobos, etc.). « Je me sers de mes médias pour mener un combat civilisationnel », avait-il dit. L’existence des programmes scolaires limite aujourd’hui les possibilités d’action pour le milliardaire d’extrême droite. Posons-nous la question : et si par malheur l’extrême droite venait au pouvoir ?
Le risque est grand de voir un jour Bolloré mettre son monopole sur les manuels scolaires au service du formatage des esprits dès le plus jeune âge, au détriment de la diversité pédagogique et du pluralisme des approches.
Protéger l’indépendance et la pluralité des contenus est donc un enjeu majeur pour l’école et la démocratie, il en va de la liberté pédagogique des enseignants qui pourrait se réduire comme peau de chagrin.
Louis Michel
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