
Hôpital privé de Troyes
La situation de l’Hôpital privé de l’Aube (HPA), ex-clinique de Champagne à Troyes, révèle les dérives d’un système de santé soumis aux logiques financières. Comme l’a indiqué son directeur dans un entretien accordé à L’Est-Éclair, l’établissement se trouve dans une situation économique critique, au point qu’un transfert sur le site du centre hospitalier de Troyes est désormais envisagé.
Une situation financière alarmante
Les chiffres sont sans appel. En 2025, le déficit de la clinique s’élevait à plus de 5 millions d’euros, pour un chiffre d’affaires compris entre 20 et 25 millions d’euros, soit entre 20 et 25 % de pertes. Face à l’urgence, l’Agence régionale de santé a accordé une avance de trésorerie de 800 000 euros, confirmant l’implication de fonds publics dans le maintien de cette structure privée. Au niveau national, près de 46 % des cliniques privées rencontrent des difficultés financières, signe d’une crise structurelle du secteur.
Suppressions de postes et restructuration : un modèle économique à bout de souffle
L’établissement emploie actuellement 170 salariés. Dans le cadre du plan de redressement annoncé, des suppressions de postes sont envisagées.
La direction indique que les effectifs seront analysés et ajustés afin de restaurer l’équilibre financier. Une partie du personnel pourrait être redéployée vers les Hôpitaux Champagne Sud, accentuant l’incertitude pour les salariés et l’inquiétude pour l’avenir de l’offre de soins locale.
Les difficultés trouvent leur origine dans des problèmes de gestion et un montage financier complexe. La clinique doit notamment s’acquitter d’un loyer élevé pour des bâtiments qu’elle possédait auparavant. Par ailleurs, l’hôpital public est devenu actionnaire majoritaire à hauteur de 52,8 %, aux côtés de la Mutualité française (35 %), révélant une imbrication croissante entre public et privé et les limites de ce type de gouvernance hybride.
Financer le public plutôt que le privé
Cette situation illustre l’échec d’un modèle de santé fondé sur la rentabilité. Alors que l’argent public est mobilisé pour soutenir un établissement privé, l’hôpital public continue de subir des contraintes budgétaires et un manque chronique de moyens. Plutôt que de pallier les défaillances du secteur privé, ces financements devraient être consacrés au renforcement durable du service public hospitalier.
Investir dans l’hôpital public, recruter du personnel et garantir l’égalité d’accès aux soins constituent les seules réponses capables d’assurer la sécurité sanitaire du territoire aubois. La santé n’est pas une marchandise, mais un droit fondamental.
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