
Dans l’histoire de la Ve République, la distance prise par la droite vis-à-vis de l’extrême droite a varié, mais la frontière entre les deux camps n’a jamais été totalement étanche. Elle a toujours laissé circuler des idées et quelques personnalités qui, comme le caméléon, s’adaptent en passant du bleu au brun.
Leurs idées communes on les connaît, immigration, sécurité, ordre, et l’identité. On peut donc se demander ce qui distingue la droite dite "républicaine" de l'extrême droite ?
D’ailleurs, la ligne de démarcation est si mince entre les deux camps qu’elle facilita le transfuge de personnalités notoires telles que Gérard Longuet, Patrick Devedjian, Charles Pasqua, sans oublier ceux qui ont créé le Club de l’Horloge, H Le Lesquen, Yvan Blot et J-Y Le Guillou, père de « la préférence nationale ». Ce sont quelques échantillons, qui pour la plupart sont issus des hautes sphères de la haute fonction publique et furent ministres.
Créé après mai 68, animé par une opposition franche au mouvement de gauche de l’époque, c’est dans le Club de l’Horloge que se sont tissés de nombreux liens entre la droite et l’extrême droite, la contamination s’est faite sans difficulté. Le but principal c’était l’union de « toutes les droites ». Ils défendaient un libéralisme identitaire ou national-libéralisme et considéraient que le christianisme est indissociable de l’identité de la France.
Même si officiellement aucune stratégie d’alliance ou de soutien n’a été adoptée, la droite pour « survivre » face au FN-RN, ne s’est pas gênée pour pomper les thèmes de l’extrême droite. Déjà Nicolas Sarkozy lors de sa campagne présidentielle, afin de récupérer les électeurs du FN, avait pour objectif affiché de coopter les idées de fond de l’extrême droite. Depuis et sans exclusive, l’ancien chef de l’État laisse entendre maintenant qu’une alliance avec l’extrême droite est inéluctable, rompant avec le testament politique de son ancien mentor Jacques Chirac.
Les barrages ont cédé lors des dernières élections, et nous montrent bien la porosité de plus en plus visible et affichée entre la droite et l’extrême droite. Qui plus est, on peut remarquer que l’opinion des électeurs progresse dans ce sens plus vite que celle des partis. La réticence du LR vient du fait qu’il a peur de se faire manger tout cru. Il y a bien quelques irréductibles chiraquiens aux relents gaullistes comme Pécresse qui affirment « Il n’y a rien à attendre de ceux qui méprisent la droite républicaine, ses valeurs et son histoire. S’allier au RN, c’est s’effacer, c’est devenir ses supplétifs, sa caution de respectabilité ». Un tardif éclair de lucidité.
Louis Michel
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