

Ahou Daryaei. Prononcer son nom à voix haute, le répéter encore, comme on peut, même en écorchant sa sonorité persane, mais le hurler à la face du monde, comme un talisman. Elle est entrée, le 4 novembre 2024, dans l’histoire par la grande porte. Une reine en culotte, soutien-gorge et socquettes. Geste inouï, simplicité sidérante. La dignité à l’état brut, le courage radical. En quelques jours, cette jeune Iranienne, étudiante en littérature française, est devenue un emblème mondial du combat pour la liberté des femmes en général, de la résistance pacifique au régime islamiste criminel des mollahs en particulier. À l’oppression, elle oppose son corps vulnérable et presque nu comme symbole de sa dissidence, puisque c’est lui qui semble poser un problème.
Sur les images prises par hasard, elle marche en pleine rue en sous-vêtements et on la voit, sa détermination. Quel degré de bravoure, quel niveau de colère et de désespoir faut-il pour commettre ce geste de liberté absolue, deux ans après l’assassinat de Mahsa Amini par la police du régime au prétexte d’un voile mal porté ? Elle mesurait le risque encouru et savait qu’elle pourrait le payer de sa vie, comme des dizaines de milliers de femmes et d’hommes en Iran depuis le début du mouvement « Femme, Vie, Liberté » emprisonnés, torturés, violés et pour certains tués. À l’heure où les droits des femmes sont piétinés dans tant de pays, et menacés jusque dans celui dit de la liberté depuis la victoire de Donald Trump aux États-Unis, souvenons-nous de son nom comme une lueur dans la nuit. Quelques jours après, la jeune femme a été déclarée « malade » et aurait été internée dans un hôpital psychiatrique. Souvenons-nous de son nom comme le phare guide le marin dans les ténèbres, ce nom qui nous oblige : Ahou Daryaei.
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