DEMAIN LES CHIENNES*

DEMAIN LES CHIENNES*

8 mars 2024
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On pensait avoir déconstruit le patriarcat dans tous les sens. Mais en fait, tout un pan de la domination masculine était là, sous nos yeux, si gros qu’on ne l’avait même pas vu. Un éléphant dans le placard, et la métaphore n’est pas choisie au hasard. En effet, l’ensemble des femelles animales, de la mouche drosophile à la lionne en passant par l’orque ou l'hyène, sont victimes, depuis qu’on les étudie, de biais masculinistes. La faute à qui ? Au grand Darwin, imprégné des moeurs de l’époque victorienne et persuadé qu’il en allait des animaux comme des humains. Le livre récent de la zoologiste Lucy Cooke dynamite tout cela. Elle y détricote deux siècles d’erreurs, voire de mauvaise foi crasse de chercheurs ; que des hommes jusqu’à la seconde moitié du XXè siècle.

Pourquoi Mme Bonobo, si proche de nous génétiquement, est-elle toujours prioritaire sur la nourriture, se sont demandé des scientifiques (hommes) ? Réponse : parce que M. Bonobo est galant singe, mais non sans arrière-pensées libidineuses. Perdu ! C’est juste qu’elle est la boss, comme les femelles de milliers d’autres espèces. Et les oiseaux : durant un siècle, on a dit que les femelles étaient monogames. En fait, 90% des dames ailées font la chosette avec de multiples mâles et une même couvée peut avoir de nombreux géniteurs. Preuve que le mythe qui voudrait que les gars cherchent à imposer leur patrimoine génétique à des créatures soumises ne tient pas la route.

Ceci explique le titre à tiroirs du livre de Lucy Cooke : « Bitch, le pouvoir des femelles dans le monde animal ». « Bitch » est aujourd'hui traduit par « garce ». Mais son sens premier, en anglais, est prosaïquement « chienne ». Or, ces dernières années, ce « bitch », par translation sémantique, est devenu une revendication d'autonomie et de pouvoir. Que ce sont les femelles qui choisissent, il est savoureux d'apprendre que les animaux en ont eu la pratique bien avant nous. Chapeau les chiennes !

* Référence à un recueil de nouvelles de Clifford D. Simak « Demain les chiens » (1952).

 

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