FÉBRILITÉ ET SERVILITÉ GOUVERNEMENTALE
En début de semaine sur les 65 stations-service de l’Aube, 40 étaient en difficulté d’approvisionnement, dont une vingtaine ont dû fermer dans la journée.

FÉBRILITÉ ET SERVILITÉ GOUVERNEMENTALE

14 octobre 2022
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Mouvement social - Aube - France

Plusieurs raffineries et dépôts de carburant sont en grève pour des augmentations de salaire et une juste répartition des superprofits historiques engrangés par les compagnies pétrolières. Le gouvernement a choisi l’escalade avec la réquisition des salariés d’ExxonMobil. Dans l’Aube, François Baroin demande la réquisition des grévistes, alors qu’il n’y a pas de dépot !

Présenter les grévistes des raffineries comme des nantis égoïstes qui prendraient en otage des salariés pauvres et dépendants de leur véhicule est aussi original que dénoncer ces « privilégiés de cheminots qui bloquent la France ». Mais la dialectique de la prise d’otages a ceci de pratique qu’elle justifie a priori toutes les actions pour libérer les dits otages. Réquisition des salariés, déblocage de sites par la force, rien ne serait illégitime aux yeux d’un gouvernement plus facilement disposé à s’asseoir sur le droit de grève qu’à s’en prendre aux superprofits.

Pour mémoire, outre les augmentations pour ses hauts dirigeants, Total a gratifié ses actionnaires de 2,6 milliards d’euros, en plus des dividendes réguliers. Un « pognon de dingue » qui ne ruisselle pas plus dans les poches des salariés que dans les caisses de l’État. Les exigences des grévistes ne sont pas de nature à mettre les pétroliers sur la paille. FO estime ainsi à 11 millions d’euros le coût des revendications chez ExxonMobil. Or, chaque jour de grève prive le groupe de 3 millions d’euros.

Une peur bleue de l’effet d’entraînement

Pourtant, ce n’est pas sur les directions que le gouvernement met la pression. L’annonce par Élisabeth Borne de la réquisition des personnels du groupe ExxonMobil prouve la fébrilité et la servilité du gouvernement. La réquisition des salariés grévistes est notamment encadrée par le Code de la défense, dans des situations rares comme un contexte de guerre. En 2010, le tribunal administratif de Melun avait d’ailleurs estimé que la réquisition de la quasi-totalité du personnel de la raffinerie Total de Grandpuits (Seine-et-Marne) par le préfet avait porté une « atteinte grave et manifestement illégale au droit de grève ».

Si le gouvernement, applaudi par la droite et le RN, est prêt à faire feu de tout bois pour casser la grève, délégitimer le mouvement social et opposer entre eux les salariés de notre pays, c’est parce qu’il a une peur bleue de l’effet d’entraînement que pourrait avoir une victoire sociale en cette rentrée. L’enjeu pour le pouvoir est d’en finir au plus vite. Quoi qu’il en coûte, y compris en versant dans l’illégalité.

SALAIRES : LES ARRANGEMENTS AVEC LA VÉRITÉ DE TOTAL

Pour dévier l’attention de ses 10,4 milliards d’euros de superprofits au premier semestre et des 2,5 milliards d’euros de rallonge aux actionnaires, TotalEnergies fait passer ses ouvriers et techniciens pour des nantis : ils gagneraient 5 000 euros brut par mois. Or, le salaire d’un opérateur avec 14 ans d’ancienneté est à 2 300 € brut, sur treize mois pour la CGT. Idem chez ExxonMobil, où le syndicat a publié une fiche de paie affichant un salaire brut de 2 243 €. Avec les primes : 2 540 € net. S’ajoutent la participation et l’intéressement pour 2019, soit 21 € et 455 €.

PRIX: LES GRÉVISTES NON COUPABLES

« Les prix à la pompe ont flambé à cause des grèves », ose titrer le Point. Comme si les grévistes étaient responsables des prix fixés dans les stations-service, des marges et de la spéculation . Selon les chiffres du ministère de la Transition écologique, le gasoil a augmenté de 10 centimes par litre et le sans-plomb 95, de 7,29 centimes. Une montée des prix qui suit une envolée mondiale des cours à la suite de la décision du cartel des pays exportateurs de baisser leur production à venir. Même le gouvernement, a été forcé de reconnaître que « quelques profiteurs de grève » ont fait bondir « les prix de l’essence à la pompe ».

LE COÛTEUX REFUS DE NÉGOCIER

Total et ExxonMobil prennent le risque de perdre davantage d’argent en jouant le pourrissement. La preuve ? « ExxonMobil compte 2 800 salariés en France, calcule Reynald Prevost (FO). Nos revendications salariales lui “coûteraient” 11 millions d’euros, dont 4 millions en hausses de salaires et 7 millions en primes. Or, un jour d’arrêt de la raffinerie de Gravenchon ampute le groupe de 3 millions de recettes ! » Vingt jours de grève dans une raffinerie coûteraient donc cinq fois plus que de satisfaire les revendications des grévistes. Chez TotalEnergies, Éric Sellini (CGT) chiffre les revendications à 140 millions d’euros : « En 2013, la grève avait coûté environ 100 millions d’euros par semaine. Il est probable que le conflit actuel représente un manque à gagner plus important, compte tenu de l’explosion des marges. »

 

 

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