
Il était une fois, dans notre pays où le service public manquait d’eau, où la population craignait la sécheresse, un homme providentiel qui depuis les salons feutrés de son palais de l’Élysée avait trouvé une formule magique. Pointant son index sur le front, il ne s’était pas écrié Eurêka ! comme Archimède, mais ruissellement !
L’idée est d’une simplicité confondante, presque biblique. Pour que les pauvres puissent enfin s’abreuver, il suffisait de remplir à ras bord les verres des plus riches. Une fois la coupe d’or débordante, quelques gouttes miraculeuses finissaient nécessairement par s’échapper et choir avec grâce sur la plèbe assoiffée.
Dans l’esprit de notre Jupiter d’opérette, les riches ne sont pas des profiteurs : ce sont des premiers de cordée. Et que font les premiers de cordée quand on leur allège leur sac à dos de quelques milliards d’impôts ? Ils investissent dans des usines de pointe, créent des milliers d’emplois verts et distribuent des primes de Noël à leurs salariés émus aux larmes.
D’après notre Emmanuel, ils font tourner l’économie, française et même mondiale. Alors pourquoi augmenter le SMIC, donner les moyens pour financer les hôpitaux quand on peut simplement supprimer l’ISF (impôt de solidarité sur la fortune)et instaurer la flat taxe ? En somme, dans le monde de la macronie économique la gravité fiscale fait office de justice sociale.
C’est beau de rêvasser, mais dans la réalité la mécanique des fluides déraille. Ils achètent des actions Apple, financent des start-ups, passent leur temps sur leur yacht à Saint-Tropez et placent le reste dans un fonds immobilier à Luxembourg et dans des paradis fiscaux où là, leur fric sera à l’abri des inspecteurs des impôts.
La théorie du ruissellement repose sur l’idée que les allègements fiscaux et les avantages accordés aux plus riches et aux grandes entreprises finissent par bénéficier à l’ensemble de la société, par le biais de l’investissement, de la création d’emplois et de la consommation. Foutaises ! Un subterfuge de plus pour nous faire avaler la pilule.
En réalité, la théorie du ruissellement, c’est l’art d’attendre qu’il pleuve en plein désert, mais hélas, la tuyauterie est toujours bouchée du haut et le vase n’est pas près de déborder.
Louis Michel
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