
Ces noms vous disent-ils quelque chose ? le Paris, l’Alhambra, le Français, le Moderne, l’Olympia à Sainte Savine, le Cirque municipal, l’Alerte, le Jeanne d’Arc, et un dernier sans doute dont beaucoup même parmi les anciens n’ont plus souvenir, le Vox à Saint-Julien-les-Villas. Nous avions à Troyes et son agglomération pas moins de 9 cinémas.
Dans les années 1950/1970, c’était le royaume du cinéma populaire. Les salles de quartier proposaient un cinéma accessible et varié, combinant les grands succès populaires, comédies, péplums, westerns, etc.
Les cinémas de quartier étaient incontournables dans le quotidien des Troyens. Ils occupaient la même fonction sociale que la boulangerie ou le café du coin. On s’y rendait principalement le samedi soir ou le dimanche après-midi. C’était un lieu de mixité sociale et intergénérationnelle ancré dans la vie et les habitudes.
C’était tout un cérémonial que d’aller au cinoche. En avant-goût, dans le hall d’entrée, en faisant la queue pour acheter son ticket, on regardait les photos en noir et blanc exposées qui nous donnaient un avant-goût du film, puis l’ouvreuse guidait nos pas avec sa lampe torche jusqu’à notre place. Pendant l’entracte on n’échappait pas au « demandez caramel, esquimaux, chocolat » de l’ouvreuse. Avant le film il y avait toujours, un documentaire, des dessins animés, les bandes annonces locales et le « regard sur le monde » les actualités du moment.
Certaines salles avaient le charme patiné du bric à brac et offraient un confort rustique, d’autres plus luxueuses, offraient aux postérieurs des spectateurs les fauteuils rembourrés en velours rouge. Lors de la projection du film, le ronronnement du projecteur 35 mn et les brèves coupures lors du changement de bobine, faisaient rouspéter en choeur la salle. Cela figurait parmi les charmes de l’époque.
Le cinéma participait au grand mouvement de l’éducation populaire de l’après-guerre. Pour nous les mômes, sur le plan national la Fédération des oeuvres laïques, avait mis en place le « Ciné-Jeune » qui diffusait une culture cinématographique auprès du jeune public. À Troyes, chaque jeudi, nous étions présents devant la salle du cinéma l’Alhambra pour de nouvelles émotions.
Le ciné c’était un rituel. Profondément éducatif on y découvrait le monde, on n’avait pas besoin de 3D pour donner du relief à la vie. C’était vivant, imparfait et humain. Aujourd’hui les grands complexes cinématographiques ont balayé cette mythologie. Et pour cause ! les groupes, Pathé, UGC et CGR appartiennent aux milliardaires comme Seydoux et Saadé, Bolloré et la famille Raymond. Ils protègent leur modèle économique qui leur garantit la rentabilité financière au détriment du culturel. Le lien social et la culture se sont dissous au profit de la vente de boissons et de seaux de pop-corn.
ART TICHO
© 2026 - La Dépêche de l’Aube
Création : Agence MNKY