
La totalité des parlementaires représentatifs du département de l'Aube, députés et sénatrices de droite et d’extrême droite, ont voté comme un seul homme en faveur de la loi d’urgence pour la protection de la souveraineté agricole… comme ils disent. Cette loi est en réalité la suite directe de la loi Dupomb, élaborée pour contourner les blocages juridiques dont elle avait fait l’objet.
Présentée par le gouvernement et les syndicats majoritaires (notamment la FNSEA) comme un texte de simplification administrative, elle est vivement décriée par de nombreuses ONG, syndicats paysans (Confédération paysanne) et associations environnementales. Il y a de quoi être alarmé quand on connaît les quatre principaux effets jugés néfastes :
. Réintroduction dérogatoire de néonicotinoïdes. C’est un recul écologique grave pour la biodiversité (déclin des pollinisateurs) et la santé humaine.
. Facilite l’installation des mégabassines qui risquent d’accaparer les ressources en eau au profit de l'agriculture intensive, au détriment des nappes phréatiques et des autres usagers.
. Favorise le modèle productiviste au détriment du bien-être animal et des petites fermes.
. Cette levée des normes environnementales va marginaliser l'agriculture biologique et paysanne et va fragiliser la transition écologique, au profit d’une agriculture industrialisée, déconnectée des réalités biologiques.
À l’heure où canicules, tensions sur l’eau, santé humaine et animale sont au coeur de l’actualité, on s’éloigne toujours plus de la science, de la raison, du terrain et de l’intérêt général. Même si les autorités sanitaires indiquent que les résidus réglementés ne constituent pas à ce jour une cause majeure établie de cancer chez les consommateurs, certains chercheurs alertent sur l'effet cocktail (exposition simultanée à plusieurs substances) et sur l'impact de perturbateurs endocriniens susceptibles d'agir même à de très faibles doses.
Chacun des élus aubois, Valérie Bazin-Malgras (LR), Jordan Guitton et Angélique Ranc (RN) députés et les deux Sénatrices, Évelyne Perrot (Centriste) et Vanina Paoli-Gagin (Indépendants – République et Territoires), restent moralement responsables de leur vote individuel, la conscience personnelle devant théoriquement primer sur la discipline de parti ou la ligne politique lorsque la vie ou la santé des personnes sont en jeu.
L’ignorance ou la négligence face aux données scientifiques disponibles (par exemple sur l'exposition à des substances toxiques) constituent une faute morale pour ceux qui ont voté cette loi. Sous couvert d’intérêt général, la droite et le RN scellent une alliance de classe pour défendre les privilèges de l’agriculture industrialisée. Quand la répartition des ressources et du pouvoir reste verrouillée au profit d'une minorité possédante, la réalité des intérêts de classe est mise à nue.
Louis Michel
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