

Au fil de l'été 36 (11)
L’été 36 a connu des mobilisations sociales et politiques d’une ampleur jusqu’alors inconnue. De nouvelles formes d’action et de manifestation ont vu le jour. Des solidarités fortes se sont mises en place tant pour soutenir les grévistes que les républicains espagnols. Des militants et des dirigeants ont été au coeur des combats et se sont régulièrement exprimés dans La Dépêche de l’Aube et de la Haute-Marne.
Ils sont dans la pleine force de l’âge et tous s’appuient sur une solide expérience. Bien souvent ils ont subi de grandes difficultés dans leur vie professionnelle liés à leurs engagements et ont été victimes d’une répression impitoyable de la part du patronat et des gouvernements. Mais qui étaient-ils ? Regard rapide sur leur parcours et ce qu’ils sont devenus après la fin du Front Populaire1 .
Pierre Parigaux signe le plus souvent des éditoriaux politiques. Cela est dans l’ordre des choses puisqu’au moment de l’été 36 Pierre Parigaux qui a 36 ans est le secrétaire de la Région troyenne du PC qui regroupe les départements de l’Aube et de la Haute-Marne, qui compte environ 1900 adhérents répartis en une centaine de cellules dont 22 d’entreprises. Pierre Parigaux est né le 2 mars 1901 à Troyes et y décédera le 1 février 1976. Il adhère aux Jeunesses communistes en 1926 et au PC en 1927. Le 11 octobre 1929 il est condamné par défaut à 6 mois de prison par le Tribunal correctionnel de Troyes, pour avoir déclaré à un vin d’honneur offert aux conscrits « face aux manifestants ne tirez pas ! ». Il fut arrêté le 22 juin 1941, interné à Compiègne et déporté en 1943 à Orianenburg-Sachsenhausen (Allemagne). Il rentre à Troyes en mai 1945.
Pierre Parigaux se marie en juillet 1942 à Compiègne pendant son internement à Royallieu avec Suzanne Galois, bobineuse, née en 1898 à Troyes, militante communiste depuis 1928 et responsable syndicale très active. En 1931 et 1932 elle était responsable pour Troyes des femmes syndiquées à la CGTU, en 1934 elle appelle les femmes à la lutte anti fasciste. Au congrès de réunification syndicale (décembre 1935), elle intègre la commission exécutive de l’Union départementale CGT. Elle participe à la Résistance et à la Libération, revient à Troyes où elle fut une militante active.
Marcel Mathieu est omniprésent dans le journal. Ses responsabilités multiples l’expliquent. Il a 36 ans et assume les fonctions de gérant de La Dépêche. Né le 27 juillet 1900 à Troyes, le CEP en poche à 13 ans Marcel commence à travailler en bonneterie jusqu’à son service militaire qu’il effectue en Rhénanie occupée. Marié en 1923, veuf en 1929, il eut ensuite pour compagne Rosa Bernot une militante syndicale et politique très active. Son adhésion à la CGT textile date de 1919 et suit son engagement à la CGTU.
Il adhère au Parti communiste le 1er avril 1925. En 1927, ouvrier à l’usine Gillier, il organise la section syndicale qui passa de 35 à 250 membres (3000 salariés) et une cellule du PC de 50 membres. Il devint membre du bureau régional du PC en 1932. Il devint fin 1934 secrétaire du syndicat CGT unitaire du textile puis de l’UD CGTU. Il restera secrétaire du syndicat du textile réunifié et en devint permanent lors de l’afflux d’adhésions en 1936. Il joua un rôle très actif dans le mouvement de 1936, participa aux occupations d’usines chez Jourdain et Devanlay-Recoing et signa les accords avec le patronat du textile au nom de la CGT. En 1939 Les partisans de Léon Jouhaux l’excluent de la CGT. Résistant, il reprit des responsabilités syndicales à la Libération et assurera, un certain temps la fonction de rédacteur en chef de L’Aube Libre, organe du Comité Départemental de Libération seul quotidien départemental à l’époque.
À suivre.
1) Sources biographiques issues de Le Maitron. Notices rédigées par René Lemarquis.
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