

Au fil de l'été 36 (10)
Grèves massives avec occupation d’usines, accession du Front populaire au gouvernement, le mois de juin 1936 a été cauchemardesque pour le patronat confronté à un rapport de force devenu très défavorable. La panique n’était pas loin… Lors de la négociation avec les syndicats, placé sous l’égide de Léon Blum, il a rapidement du lâcher du lest.
Les accords de Matignon des 7 et 8 juin 1936 ont entériné des conquêtes majeures complétées dans la foulée par de grandes lois sociales. Inquiet pour ses intérêts le patronat s’est vite remobilisé. Nombre d’articles dans La Dépêche de l’Aube et de le Haute-Marne en attestent. La rubrique, La voix des usines, dénonce les abus patronaux et de l’encadrement. Elle illustre à sa façon les mesures mis en place pour retarder ou contourner la mise en place des mesures plus favorables aux salariées ainsi que la pression mis sur les syndicalistes, les militants voire la répression la plus brutale. L’esprit de revanche est là.
Le 5 septembre l’hebdomadaire dénonce les propos d’un associé de la Teinturerie du Grand-Véon, membre de la direction, qui fait savoir aux salariés qu’il les « … domptera tous, les communistes surtout. » C’est le régime de la trique. Côté productivité il est exigé « 800 douzaines par jour, alors qu’avant un ouvrier touchait une prime (supprimée depuis les 10%¹) dès qu’il dépassait les 500 douzaines ». « Pour ceux qui ne peuvent y arriver c’est la porte ». Un conflit très dur a eu lieu dans l’entreprise Jourdain (31 jours de grèves) qui entendait refuser l’application de la nouvelle législation. Une solidarité importante des travailleurs c’est manifesté. La direction a été contrainte de céder. Hargneuse elle attaque le syndicat CGT du textile en justice.
Pour la première fois de leur vie les ouvrières du textile qui travaillent en usine ont pu bénéficier de 12 jours de vacances payées. Elles marquent leur satisfaction de cette conquête issue de l’action conjuguée des luttes ouvrières et du nouveau gouvernement.
Mais là encore le patronat ergote dans nombre d’entreprises et multiplie les obstacles pour limiter la mise en oeuvre de ce droit nouveau qui est encore loin de s’appliquer de manière universelle. Les salariées du textile qui travaillent à domicile ne bénéficient pas de cette avancée. Ce qui est profondément injuste d’autant qu’elles touchent un salaire moindre, qu’elles ont des frais élevés (obligation de payer le mécanicien pour les réparations, le fil, les fournitures) et que, si elles travaillent à la maison, c’est en raison de charges de familles assez lourdes ou pour des raisons de santé. Preuve de la résistance du patronat, la signature du contrat collectif va prendre 2 mois.
Il est le fruit d’un bras de fer avec le syndicat textile. Marcel Mathieu, secrétaire de la CGT textile en analyse les points essentiels dans La Dépêche du 19 septembre. Au motif des satisfactions, il y a la reconnaissance du droit syndical, ce qui garantit au militant le droit de travailler en entreprise. Les teinturiers obtiennent enfin le délai congé de huitaine dont ils étaient jusqu’alors exclus. Mais l’accord proscrit désormais les occupations d’usine en cas de grèves. Marcel Mathieu souligne « pour que la discussion sur les barèmes ait le même résultat, pour que les ouvrières à domicile aient un contrat équivalent, il faut que ceux qui sont encore en dehors de la grande famille syndicale la rejoigne. » Sonné un temps le patronat s’organise pour rogner tout ce qui entrave ses pouvoirs de décision et ses profits.
À suivre.
1) Augmentation générale des salaires dans le textile.
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