
Chômage dans l’Aube :
Les chiffres viennent rappeler une réalité que beaucoup d’Aubois vivent déjà. Au deuxième trimestre 2026, le nombre de demandeurs d’emploi de catégorie A a progressé de 2,7 % dans l’Aube. Toutes catégories confondues, 27 700 personnes tenues de rechercher un emploi sont inscrites à France Travail.
Les 25-49 ans enregistrent une hausse de 6,4 % sur un an. Chez les moins de 25 ans, elle atteint même 8,8 %. L’emploi aubois se fragilise. Derrière les statistiques, il y a des femmes et des hommes, des salaires qui disparaissent et des territoires qui s’appauvrissent.
L’industrie auboise en première ligne
Notre département a déjà payé un tribut considérable à des décennies de désindustrialisation. Le seul textile est passé d’environ 11 000 emplois de fabrication il y a quarante ans à quelque 3 500 aujourd’hui.
À La Chapelle-Saint-Luc, Michelin prévoit de ramener les effectifs de son usine de pneus agricoles d’environ 650 à 500 salariés d’ici fin 2026. À Romilly-sur-Seine, le feuilleton du Coq Sportif a montré jusqu’où peut conduire l’abandon de notre appareil productif aux logiques financières. Dans les années 1970, le groupe employait près de 1 000 personnes, dont environ 700 à Romilly. Après les délocalisations et la fermeture de 1988, son retour avait fait naître l’espoir d’une renaissance industrielle. Son placement en redressement judiciaire puis sa reprise en 2025 ont rappelé la fragilité de cet espoir.
Lorsqu’une usine réduit ses effectifs ou ferme, les conséquences dépassent ses murs : sous-traitants, commerces et finalement tout un bassin de vie sont touchés.
L’argent public doit servir l’emploi
Depuis des années, les gouvernements promettent la réindustrialisation tout en laissant les grands groupes décider seuls de l’avenir des sites. Des milliards d’euros d’aides publiques sont versés aux entreprises sans être suffisamment conditionnés à l’emploi ou au maintien de la production en France.
L’exemple Michelin est révélateur : le groupe a remboursé 4,3 millions d’euros correspondant à des aides publiques utilisées pour financer des équipements destinés à des usines étrangères. Une restitution obtenue après le travail de la commission d’enquête sénatoriale menée notamment par le communiste Fabien Gay. Pour les communistes, l’argent public doit servir l’emploi, pas les délocalisations ni les dividendes.
Redonner du pouvoir aux salariés
Une autre politique est possible. Les aides publiques doivent être conditionnées au maintien et à la création d’emplois et remboursées lorsque les engagements ne sont pas respectés.
Les salariés et leurs représentants doivent disposer de véritables pouvoirs sur les choix stratégiques, notamment d’un droit de veto suspensif face aux projets de licenciements et de délocalisations.
Lorsqu’une entreprise est vendue ou menacée de fermeture, les salariés doivent également pouvoir bénéficier d’un droit de préemption pour reprendre leur outil de travail sous forme coopérative. Une banque publique doit pouvoir financer les projets industriels créateurs d’emplois plutôt que de laisser le crédit dépendre uniquement des exigences de rentabilité financière.
Réindustrialiser suppose enfin une véritable planification nationale : reconstruire des filières, développer la formation et les services publics nécessaires et produire en France ce dont nous avons besoin.
L’Aube possède des savoir-faire, une histoire industrielle et des travailleurs et travailleuses capables de produire. Ce qui lui manque n’est pas une énième promesse de « plein emploi », mais une politique qui décide enfin que l’emploi et notre outil industriel valent davantage que la rémunération des actionnaires.
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