
Les différents rassemblements qui ont eu lieu devant les palais de justice sont une expression légitime de colère. Il est justifié de dire que l’affaire Lyhanna révèle des défaillances graves. Mais la colère populaire accuse la justice ou je ne sais quel procureur ou juge comme s’ils étaient les seuls à mériter d’être pointés du doigt.
Il y a peut-être eu des défaillances dans cette tragique affaire, mais plutôt que de chercher un bouc émissaire, regardons en face les politiques publiques qui ont, depuis des années, réduit les crédits, rationné les postes et laissé les tribunaux s’user. Preuve en est, les rapports du ministère de la Justice et les questionnements au Sénat attestant d’un service public fragilisé : moyens insuffisants, lenteurs systémiques, insuffisance de la protection judiciaire. Le constat est alarmant : 3 procureurs pour 100.000 habitants en France contre 12 en moyenne dans les pays européens, les juges ne sont pas mieux lotis ; 11 pour 100.000 en France contre une moyenne de 22 en Europe. Les juges et les magistrats ne sont pas donc pas les seuls « coupables ».
C’est la conséquence d’un système politique qui a détruit l’efficacité du service public de la justice en le rationnant. Faisons en sorte que cette colère soit traduite en force pour exiger des réponses visant à améliorer la justice ainsi que les autres services publics. Elle ne doit pas être utilisée par nos responsables politiques comme un argument démagogique pour se défausser de leurs responsabilités.
Macron dit que cette affaire n’est pas une question de moyens quant à Darmanin, il se dit « terrifié par un tel dysfonctionnement ». Pris au piège par leur mauvaise gestion, Ils se défaussent de leurs responsabilités en essayant de transformer la douleur d’une famille et l’émotion de tout un peuple en tribune partisane. La réponse qu’ils doivent donner est nécessairement institutionnelle : moyens supplémentaires pour la justice, renforcement de la protection de l’enfance, formation des acteurs, surveillance des pédocriminels. Trouver un parapluie à mots n’est pas suffisant.
Louis Michel
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