
Crise agricole
La crise agricole continue de faire rage en France, la question du Mercosur, accord qui doit être normalement signé ce samedi en Uruguay, est bien sûr au coeur de la mobilisation des agriculteurs, mais se joint également la question de la dermatose nodulaire contagieuse et des mesures exigées par le gouvernement. Pour faire un point précis sur le sujet, La Dépêche de l’Aube a échangé avec Arnaud Nunes, porte-parole de la Confédération paysanne de l’Aube.
Point sur la mobilisation
Arnaud Nunes nous a d’abord fait un point sur la répression que subissent les paysans mobilisés, force est de constater qu’elle est à géométrie variable. En effet, lors d’une action à Paris, des militants de la Confédération paysanne se sont rendus en tracteur place de l’Étoile : deux porte-paroles de l’organisation ont été arrêtés et placés en garde vue. « À peine descendus de leur tracteur ils ont été plaqués au sol et embarqués, soi-disant pour outrage alors qu’ils n’ont eu le temps de ne rien dire » nous a expliqué Arnaud Nunes.
Lorsque ce sont des actions menées par la FNSEA, actions pourtant du même style voire même parfois plus virulentes, elles sont rarement suivies d’arrestations et de gardes à vue. Le porte-parole de la Confédération paysanne auboise y voit là, encore une fois, le signe de la cogestion entre l’État et la FNSEA.
La mobilisation avait déjà été très forte l’année dernière, déjà en lien avec le Mercosur, elle s’est relancée en fin d’année dernière concernant la DNC, la Confédération paysanne est contre l’abattage systématique des cheptels. Arnaud Nunes nous a expliqué qu’euthanasier un animal qui souffre est une chose, mais l’abattage systématique en est une autre. « Le fromage, le lait, la viande sont consommables (même en cas de DNC) donc il n’y a pas de débat, en Inde ils ne font pas d’abattage et il y a une immunité des troupeaux » nous a-t-il expliqué.
« La seule raison qui pousse le gouvernement à exiger l’abattage systématique c’est l’export puisque les bêtes, dans ce cas-là, doivent être indemnes de maladie » selon Arnaud Nunes, c’est donc le mode de production agricole actuel qui est à dénoncer.
En effet, la gestion de la crise de la DNC rappelle un malaise plus profond : le modèle libéral agricole ne convient pas. Les agriculteurs n’arrivent pas, pour la plupart, à vivre de leur métier. Il n’y a pas de revenu agricole et ils subissent le mode de production actuel.
Le porte-parole aubois rappelle que la Confédération paysanne est contre le Mercosur mais pas pour les mêmes raisons que les libéraux « nous sommes contre parce que nous pensons que cet accord ne fera que transporter la misère. Les libéraux sont contre, eux, parce qu’ils voudraient la suppression de toutes les normes, la réintroduction de produits dangereux et pouvoir produire plus au détriment de la qualité ».
Dans l’Aube ?
Un rassemblement organisé conjointement par la Confédération paysanne de l’Aube et la coordination rurale de l’Aube a eu lieu devant la préfecture afin d’être reçu par le Préfet. Cette action conjointe portait uniquement sur la DNC, les deux organisations n’ayant aucun autre point d’accord. Leur vision de ce que doit être le modèle agricole en France est même totalement opposée.
Le 18 février, la Confédération paysanne organise une assemblée générale à Juvancourt, à laquelle seront conviés les différents candidats aux élections municipales afin de leur présenter les revendications pouvant être portées à l’échelon locale dans les programmes en espérant qu’ils et elles s’en saisissent. Il y sera notamment question de la Sécurité sociale alimentaire, proposition phare de la Confédération paysanne.
Après 24 heures de mobilisation à Paris les tracteurs de la FNSEA et des Jeunes Agriculteurs ont quitté l’Assemblée nationale. Cette décision intervient après l’annonce du premier ministre, qui assure qu’un projet de loi d’urgence agricole sera examiné au Parlement avant l’été. De leur côté, la Confédération paysanne et le MODEF appellent à poursuivre la mobilisation.
Le PCF refuse la ratification du traité entre l’UE et le Mercosur, comme il toujours dénoncé l’intégration des biens agricoles dans les accords commerciaux.
Les communistes exigent dans le même temps la construction d’un service public de la traçabilité et du contrôle de la qualité pour tous les produits agricoles en imposant l’obligation de la mention d’origine des produits alimentaires pour tous les produits bruts ou transformés, qu’ils soient importés ou produits sur le sol européen.
De même, le PCF propose de créer une police de la sécurité alimentaire européenne dotée de vrais moyens de contrôle aux frontières pour un contrôle large et réel de la qualité des produits agricoles commercialisés.
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