
Le rêve américain fut l’un des grands idéaux des États-Unis. Au XIXème et début du XXème siècle la vague migratoire était souvent composée de juifs d’Europe centrale, d’Irlandais et d’Italiens qui fuyaient les persécutions religieuses et la crise économique de leur pays avec l’espoir de trouver une vie meilleure. Ils ont contribué au développement du pays dans une mixité sociale, montrant que l’intégration et la réussite sociale étaient possible.
Mais dans ce temple du capitalisme, au rêve américain il fallait être endormi pour y croire. Le rêve n’est-il pas fait pour rêver ? Le Krach financier provoqua la crise de 1929 et la grande dépression mettant à genoux l’économie américaine, laissant pour compte des milliers d’Américains au chômage et sans ressource ayant comme solution la soupe populaire pour survivre. C’était le premier coup de semonce d’un rêve qui s’éloignait de la réalité.
Depuis il y eut la crise des subprimes où le marché de l’immobilier utilisa le rêve de chaque Américain d’avoir sa propre maison grâce aux prêts, jusqu’à ce que la crise éclate, où des milliers d’Américains ont perdu leur maison et leur emploi, trahis par un système qui avait utilisé leurs rêves pour s’enrichir.
Maintenant, après un mois de paralysie budgétaire (« shutdown »), les services publics sont pratiquement à l’arrêt et les fonctionnaires ne touchent plus leur paie, quand ils ne sont pas tout bonnement menacés de licenciement et de perdre leur dignité humaine en faisant la queue pour pouvoir obtenir de quoi se nourrir. Prenant prétexte du shutdown, l’exécutif a décidé de suspendre, à partir du 1er novembre, le versement des aides alimentaires dont bénéficient 42 millions d’Américains.
Paradoxe difficile pour la population américaine d’admettre que les USA qui furent une terre d’opportunités pour les démunis du monde entier, soient, malgré leur prospérité, si durement touchés. Leur pays est malade des inégalités, écarts des revenus, inégalité d’accès aux études, aux soins et où les minorités sont sur-représentées dans les prisons.
Leurs rêves tournent au cauchemar. Ils avaient rêvé d’un avenir meilleur, il leur est plus difficile de rêver au présent. Le capitalisme fut un miroir aux alouettes. Pour Trump, les fonctionnaires sont considérés comme inutiles à leur nation. La paralysie budgétaire est vite apparue comme une aubaine pour son administration qui lui donne l’occasion de poursuivre sa croisade contre les droits sociaux et les services publics.
En France, deux ministres communistes, Maurice Thorez et Anicet Le Pors ont créé les statuts de la Fonction publique d’État, hospitalière et territoriale, garantissant un emploi permanent et un service égalitaire au public. Ces statuts sont menacés par le recrutement d’emplois précaires, les gouvernements successifs rognent dans les effectifs comme ajustement à leur budget. Troublante cette manie de s’en prendre aux fonctionnaires.
Louis Michel
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