
Industrie
Ce sujet est régulièrement traité dans nos colonnes, force est de constater que la situation ne s’améliore pas, elle empire. La situation du Coq sportif, source d’inquiétude énorme pour les Aubois et à fortiori les Romillons, malgré le soulagement de la reprise, n’est toujours pas réglée. Les dommages collatéraux de ces difficultés sont nombreux et la situation globale du textile aubois est catastrophique.
Les entreprises coulent les unes après les autres
Fin 2024, la situation du Coq Sportif avait été fortement préoccupante. La crainte de la fin de la marque ainsi que la perte d’emplois pour les salariés romillons se faisaient cruellement sentir.
Depuis juillet c’était enfin le soulagement pour les salariés et l’ensemble de la population, ce fut malheureusement de courte durée.
De grands effets d’annonces à coup de visites de ministres (on ne donnera pas les noms puisque nous avons déjà eu deux nouveaux gouvernements depuis), pour se féliciter d’avoir sauvé l’entreprise et expliquer à quel point tout le monde se préoccupait de l’industrie textile en France.
Seulement, tout cela n’était qu’un coup médiatique. Le discours de Dan Mamane, nouveau patron du Coq, n’est plus le même quelques semaines après « je ne peux pas inventer des commandes qui n’existent pas » nous dit-il, quant au sauvetage de l’atelier de Romilly et de la fabrication en France rien n’est moins sûr. Aujourd’hui 90% de la production vient du Maroc, de plus la liquidation d’Aube Tricotage et le placement en redressement judiciaire de France Teinture n’augurent rien de bon non plus.
Mais en même temps, c’est le serpent qui se mord la queue, puisque les deux dernières entreprises citées doivent aussi en partie leurs problèmes aux difficultés du Coq. Le patron d’Aube Tricotage a d’ailleurs répondu à la presse locale sans mâcher ses mots. Il affirme avoir été abandonné par le Coq Sportif et ne plus avoir aucune commande depuis des semaines.
Denis Arnoult, patron de France Teinture, s’en prend lui aussi aux pouvoirs publics qui préfèrent « donner 15 millions d’euros à l’Estac » plutôt que d’aider le textile.
Les fonds publics, parlons-en !
Parce que, quand même, il est bien là le fond du problème : les collectivités locales et l’État abreuvent avec notre argent des entreprises privées, des fonds de pension… sans aucune garantie ni engagement !
Quand Airesis, le fonds de pension suisse ayant repris le Coq en 2015, est arrivé, il était question de centaines de créations d’emplois et de « remise en marche de la production française ». Or, sur la création d’emploi on est bien loin du compte, et pour la production, 90% est délocalisé au Maroc. Alors qu’ont-ils fait des 50 millions d’argent public qui leur ont été donnés ? Ils ont tout englouti et la boîte a coulé ! Certes, un repreneur est là désormais, mais Airesis doit rendre des comptes, il n’est pas question de table rase, parce que cet argent, c’est l’argent des Français.
Il est d’ailleurs indispensable de ne pas reproduire les mêmes erreurs, à savoir croire les promesses et les effets d’annonce et ouvrir grand les vannes de l’argent public à Dan Mamane.
Que de l’argent public soit mis à disposition pour notre industrie, évidemment, mais avec une exigence de garantie et un contrôle régulier.
Quelles solutions ?
Les acteurs de la filière se sentent complètement abandonnés. Les entreprises historiques, fleuron de notre industrie textile, coulent les unes après les autres. Nous avons déjà cité le Coq et Aube Tricotage, mais nous pouvons parler de Petit Bateau, abandonné par le groupe Rocher, qui l’a cédé aux Américains, ou encore de France Teinture, qui est en période d’observation après son dépôt de bilan fin juillet. Elle fêtera ses 100 ans en 2026, anciennement Les Teintureries de Champagne, et est la plus grosse teinturerie d’Europe qui compte encore 80 salariés. Si l’entreprise venait à effectivement cesser toute activité cela aurait des conséquences directes et indirectes sur toute l’économie de notre département.
François Baroin avait, dans un courrier au ministère de l’Économie au sujet du textile, fustigé la fast fashion qui serait responsable de la mort du textile en France. Oui évidemment, ce type de consommation est une catastrophe tant économique qu’écologique, mais pourquoi les Françaises et Français se tournent vers ce type de pratiques ?
Parce que le pouvoir d’achat est trop faible et les salaires trop bas, ce sont les politiques libérales qu’il a lui-même menées qui nous entraînent dans cette situation.
Ce sont surtout la désindustrialisation et les délocalisations qui conduisent nos entreprises textiles dans cette situation. Il y a donc besoin d’une politique industrielle ambitieuse et c’est possible.
Le PCF propose de transformer les aides aux entreprises avec un devoir d’engagement et un contrôle de leur utilisation, la création d’un fonds de 500 milliards d’euros pour une nouvelle industrialisation sociale et écologique du pays, ou encore de mettre en place un moratoire sur les plans de licenciements et les projets de développement des travailleurs et de la population.
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