

C'était l'objet d'une conférence de l'Upopaube, le 13 juin, menée par deux professeurs d'économie rattachés à l'Université de Perpignan, Hervé Blanchard et Yves-Patrick Coleno. Soirée très instructive, puisque nous avons découvert que le mot « capital », jugé concept essentiel en 1999, n'apparaît plus désormais que sous la définition sociologique de Pierre Bourdieu : le capital social, culturel, symbolique, et le capital économique, en tant que patrimoine et revenus. Une mention tout de même du capital physique, comme moyens de production, murs et machines. Mais le capital généré par l'exploitation des travailleurs n'apparaît plus dans les manuels. Pas davantage le capitalisme. Seuls figurent le marché et l'économie de marché. D'ailleurs on parle couramment du marché du travail.
À ce sujet, mais cela n'a pas été évoqué dans la conférence, il serait peut-être intéressant de rappeler qu'il existait dans l'Antiquité un marché sur l'île de Malte où l'on pouvait trouver chaque jour des milliers de travailleurs et travailleuses disponibles, avec une plaque indiquant leur langue, leurs compétences, leur âge. C'était le marché aux esclaves.
Le fait que l'on parle de marché et non plus de capitalisme est lié à l'enjeu de l'enseignement de l'économie : c'est la construction que se fait l'élève de la société dans laquelle il vit, et donc du futur citoyen qui l'aura intériorisée en tant que valeur. L'égalité n'est plus une valeur partagée depuis les années 80. Le ministre actuel de l'Économie, qui se dit de gauche, déclare même qu'il « n'aime pas les impôts » or ce sont les impôts qui sont la source de la redistribution. La valeur partagée est la liberté, celle du chacun pour soi. Et c'est cette liberté du capital, objectif des libertariens tels Milei ou Musk, qui, insidieusement, est à l'oeuvre dans le programme ministériel de l'ESS.
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