
Culture
Entretien réalisé par Joël De Paepe
Il y a un peu plus de 2 ans la librairie Les Passeurs de Textes de Troyes a changé de statut pour assurer sa pérennité. Francis Deschamps, président de la libraire coopérative, a répondu à nos questions.
LDA : Monsieur Deschamps qu’est ce qui amène un retraité à la présidence d’une librairie coopérative ?
Francis Deschamps : Rien de prévu initialement. Un projet se développe avec d’autres personnes, se construit et lorsqu’il se réalise et que la structuration est nécessaire, le retraité ayant un relationnel apaisé avec les uns les autres, quelques compétences avec ses expériences passées et la volonté de réussite du projet accepte de prendre les responsabilités du poste.
LDA : La librairie « Les passeurs de textes » Société Coopérative d’Intérêt Collectif, (SCIC) depuis 2 ans, quelles différences avec une librairie « lambda » ?
F. Deschamps : Les librairie « lambdas » sont gérées par une personne avec un ou des salariés. Ce commerce aux activités multiples nécessite un temps très long de travail qui repose principalement sur le gérant pour dégager un salaire peu élevé. Il n’y a pas foule pour reprendre ce type d’activités. D’autres librairies recherchent un peu plus de lucratif et doivent faire tourner le stock plus rapidement, animer leur boutique avec les éditeurs et auteurs en vue, regrouper peut-être plusieurs lieux de vente pour partager les coûts de gestion…
N’oublions pas que la majorité des ventes de livres se fait en grande surface : vente rapide avec promotion, rotation rapide des stocks sur l’année, ce qui ne se vend pas repart le plus souvent au pilon…
Le modèle coopératif a permis de conserver l’essence et la qualité de la librairie ancestrale, grâce à la continuité du travail de José, libraire « associé » depuis plus de trente ans (c’était la condition principale pour la reprise) et la qualité du recrutement de Laurence. Et la SCIC apporte les fonds des souscripteurs (qui a permis le rachat et de la trésorerie) et l’aide quotidienne des bénévoles qui oeuvrent tant au Conseil d’Administration (18 personnes) que dans le fonctionnement quotidien : gestion comptable (fournisseurs, factures, lien avec l’expert-comptable), suivi des marchés publics et des partenaires financeurs, prise en charge des animations, des tables de vente à l’extérieur de la librairie, livraisons de commande, petits travaux, communication....).
Ce temps important, fourni par les bénévoles, décharge les deux libraires qui peuvent se concentrer sur l’essence de leur travail que les sociétaires ne peuvent faire car ils ne sont pas des libraires.
LDA : Quel est le profil d’un ou d’une membre de votre collectif ?
F. Deschamps : Dans la SCIC nous avons quatre collèges :
- les salariés (deux libraires).
- les fondateurs (une dizaine de personnes à l’origine du projet, clients de longue date, ayant la volonté de maintenir cette activité dans ce lieu, plutôt âgés).
- les personnes morales : associations, sociétés, municipalité, syndicat.
- les autres sociétaires qui soutiennent le projet selon leurs moyens et qui ont chacun une voix en AG. Parmi les bénévoles actifs, c'est le collège le plus important.
LDA : Combien d’adhérents comptez-vous ?
F. Deschamps : Lors de la dernière AG (mai 2024) nous étions 369 coopérateurs. Lors de la prochaine qui se tiendra le 11 juin 2025 nous serons proches de 400. (Rappel 272 à la création le 22-11-2022).
LDA : Vous avez participé en janvier à une rencontre « culture et agriculture » à Fouchères, avec le syndicat de l’Aube de la Confédération paysanne, envisagez-vous d’autres actions de ce type dans le futur ?
F. Deschamps : Nous développons beaucoup de partenariats en fonction des animations que nous préparons ; certaines existaient déjà, d’autres se sont développées récemment. Nous avons des liens avec les Médiathèques, l’URCA, l’Institut Rachi, l’Upop Aube, des municipalités, des organismes culturels locaux... Nous avons l’objectif d’en développer à l’extérieur du milieu urbain (nous avons déjà effectué des animations à la Médiathèque d’Ervy le Châtel, des liens dans le cadre du PETR d’Othe Amance). Nous en aurons d’autres je pense avec la Confédération paysanne.
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