
Big pharma
Par Camille Lainé
Alors que dans l’Aube nous subissons déjà de plein fouet les conséquences des politiques libérales, notamment sur les questions de santé puisque nous sommes un désert médical, la situation ne risque pas s’améliorer. En effet, le groupe Sanofi vient d’annoncer qu’il cédait 50% de sa filiale Opella, qui produit entre autres le Doliprane, au fonds d’investissement américain CD&R. Cette annonce a déclenché un tollé en France, à juste titre.
Aucune leçon n’a été tirée de la crise sanitaire
Pourtant suite à la gestion calamiteuse de la crise Covid 19, E. Macron avait fait de grandes déclarations, il était question de « renforcer la souveraineté sanitaire de la France » ou encore « « Déléguer à d’autres le soin de produire les médicaments essentiels dans un monde qui se fragmente, c’est une impasse. On l’a vécu en cas de crise sanitaire, on pourrait être amenés à le revivre et c’est pourquoi il nous faut ici redoubler d’efforts ». Force est de constater que nous y sommes dans l’impasse. La France est passée de 1er producteur européen de médicament à 6e, ce triste score fait suite à 40 ans de politiques libérales et de délocalisations.
Sanofi se gave pourtant d’aides publiques
2,5 milliards d’euros, c’est ce qu’a touché Sanofi en cumulant crédit d’impôts recherche et exonérations fiscales. Le gouvernement permet donc à des entreprises comme celle-ci d’enrichir ses actionnaires avec l’argent des Français, les négociations du ministère de l’économie pour mettre en place « un possible actionnariat public » ou une « participation à la gouvernance » dans ce rachat américain fait rire jaune. La pilule est difficile à avaler sans mauvais jeu de mot.
Une seule chose compte pour ces entreprises : réduire les coûts, ils empochent l’argent public mais réduisent la masse salariale et délocalisent. Non seulement les travailleuses et travailleurs en France se retrouvent au chômage, mais nous perdons notre savoir-faire français et nous nous retrouvons dépendant des autres pays puisque nous démantelons notre propre industrie.
Les Aubois subissent ces politiques libérales de plein fouet !
Cette annonce est malheureusement le reflet plus global de la politique menée en France depuis des décennies et de ses conséquences directes sur les services publics, en l’occurrence notre système de santé. Nous sommes particulièrement touchés dans l’Aube, notre département étant un désert médical. Les différentes solutions proposées par nos gouvernants ne fonctionnent pas, parce que ce sont de fausses solutions !
Les maisons médicales pullulent dans le département mais il n’y a pas de médecins à mettre dedans ; à Romilly la situation est critique, un médecin généraliste supplémentaire vient d’annoncer son départ, ce qui engendre de très grosses complications pour les Romillons. À la maison médicale de nombreux patients font le pied de grue pour tenter d’être reçus par des médecins déjà surchargés du soir au matin. La commune a d’ailleurs été placée en ZIP (zone d’intervention prioritaire) et peut donc prétendre à des aides pour les contrats d’installation pour les médecins.
Mais là encore les inégalités territoriales sont frappantes en France, le nombre de médecins a légèrement augmenté en 2023, mais ils ne s’installent pas dans l’Aube. Le problème est le même ailleurs dans le département, accéder à un spécialiste devient de plus en plus compliqué, les urgences sont engorgées : pour rappel aux urgences de Troyes, un patient attend en moyenne 2h30 de plus qu’ailleurs dans le Grand Est.
Les choses ne vont pas s’arranger avec Barnier, dont le seul objectif va être la poursuite de la baisse des dépenses publiques au lieu de regarder du côté de l’augmentation des recettes de l’État.
Pourtant des solutions sont possibles :
En premier lieu, la création d’un pôle public du médicament : à l’opposé d’une étatisation, et s’adossant à la nationalisation démocratique et sociale des principales entreprises privées intervenant dans ce domaine, en particulier Sanofi, il permettra de détacher les médicaments de la sphère financière, et d’en maîtriser les conditions de recherche, de développement, de production, de distribution et de vente.
De manière plus globale, une autre répartition des richesses et surtout une autre utilisation de l’argent des banques et des entreprises permettraient d’augmenter les recettes de l’État pour plus de dépenses publiques utiles aux habitants.
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