

Les Manouchian au Panthéon
« Jamais nous n'avons été aussi libres que sous l'Occupation allemande » écrivait Sartre en septembre 44. « Puisque le venin nazi se glissait dans notre pensée, chaque pensée juste était une conquête[...] Puisque nous étions traqués, chacun de nos gestes avait le poids d'un engagement », poursuivait-il.
La vie de Mélinée avec Missak, à cette période, en est une des plus belles illustrations. L'amour immense qu'ils se portent n'empêche pas Mélinée, quand elle comprend qu'elle est enceinte début 41, de décider, contre l'avis de Missak, d'avorter.
Elle veut pouvoir travailler pour aider sa soeur, et, surtout, son activité de militante est plus importante dans ces circonstances que « ses problèmes personnels ». Elle veut pouvoir se donner entièrement à la cause pour laquelle elle combat et pense avoir le temps d'avoir un autre enfant avec Missak. Missak finira par l'accepter. Comme il acceptera de la voir accomplir des missions dangereuses en s'écartant parfois des consignes.
Lors d'une rafle, le 15 novembre 43, dans un café parisien, Olga Bancic vient de lui remettre sous la table un paquet contenant des armes. Missak, à côté d'elle, veut le récupérer pour lui éviter de se faire arrêter. Mélinée refuse et lui dit de se sauver, qu'elle se débrouillera. Elle sera prise dans une rafle dans le métro. Des soldats allemands lui demandent ce qu'elle a dans son sac. « Des armes ! » répond-elle. Ils hurlent mais un policier français prend cela pour la plaisanterie d'une jeune femme espiègle, la gronde et la laisse partir. Un miracle. À 23h elle rejoint Missak dans leur appartement.
Et c'est ce soir-là qu'elle découvre que Missak se sait trahi par un des leurs mais qu'il va quand même se rendre au rendez-vous du lendemain pour essayer de prévenir ses amis du piège tendu ou partager leur sort. « Ce soir-là, les paroles de recommandation de Manouche furent les seules qui furent prononcées. Aucun sentiment, aucune tendresse ne furent exprimés, d'aucune manière, pendant cette dernière nuit que nous avons passée ensemble. [...] Il savait que pour lui c'était la fin. Il voulait que je vive et, ainsi, continuer de vivre lui-même à travers moi. Il ne cessait de répéter « Ne t'en fais pas, surtout, ne t'en fais pas... » *. Elle reste habillée, assise sur le lit, silencieuse, pendant que Missak dort. Le silence du destin. Quand elle se réveille, il est déjà parti.
* Mélinée Manouchian, Manouchian, éd. Parenthèses, 2023.
De nombreux livres viennent d’être publiés sur le sujet.
Parmi les plus récents citons :
Rino Della Negra. Footballeur et partisan, de Dimitri Manessis et Jean Vigreux, Libertalia, 2022.
Manouchian, de Claire Mouradian, Astrig Atamian, et Denis Peschanski, Textuel, 2023.
Les Etrangers de la MOI dans la Résistance, de Claude Collin, les Indes Savantes, 2023.
Manouchian. Témoignage suivi de poèmes, lettres et documents inédits, de Mélinée Manouchian, préface de Katia Guiragossian, Parenthèse, 2023.
Missak et Mélinée Manouchian. Un couple en Résistance, de Gérard Streiff, préface de Didier Daeninckx, postface de Jean-Pierre Sakoum, l’Archipel, 2024.
Missak Manouchian. Une vie héroïque, de Didier Daeninckx, Mako et Dominique Osuch, Les Arènes BD, 2024.
Avec tous tes frères étrangers. De la MOE aux FTP-MOI, de Dimitri Manessis et Jean Vigreux, Libertalia, 2024.

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