L’AMÉRIQUE DU SUD RÉSISTE À L’EXTRÊME-DROITE
Les couleurs politiques en Amérique du Sud en novembre 2022.

L’AMÉRIQUE DU SUD RÉSISTE À L’EXTRÊME-DROITE

4 novembre 2022
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Brésil - Victoire de Lula

À l'heure où l'extrême - droite gagne des positions de pouvoir dans de nombreux pays, notamment en Europe, où celle-ci est normalisée et banalisée dans de vastes secteurs politiques et médiatiques, la victoire de Lula démontre qu'il est possible de résister et de faire échec à celle-ci en unissant le mouvement populaire et démocratique autour d'objectifs communs.

Depuis 2018, les progressistes regagnent des positions en Amérique latine, du Mexique au Chili en passant par le Brésil ou le Pérou. Mais les marges de manoeuvre économiques et politiques se sont fortement restreintes. La carte politique de l’Amérique latine est de nouveau rose (ou rouge), avec quelques îlots de bleu. Elle ressemble à s’y méprendre à celle du début des années 2000.

La victoire de Lula, dimanche, au Brésil, vient compléter un mouvement qui a porté la gauche au pouvoir au Mexique (Andres Manuel Lopez Obrador, en 2018), en Bolivie (Luis Arce, en 2020), au Pérou (Pedro Castillo, en 2021), au Chili (Gabriel Boric, en 2022) et même dans une Colombie qui n’avait jamais eu un président de gauche (Gustavo Petro, il y a quelques mois). Mais la comparaison doit s’arrêter là : le contexte dans lequel les formations de gauche accèdent désormais au pouvoir et l’exercent a substantiellement changé en deux décennies.

Lorsque Lula, déjà, ou Evo Morales, Rafael Correa ou Michelle Bachelet prennent les rênes de leur pays, la situation économique est favorable. L’entrée de la Chine dans l’Organisation mondiale du commerce booste les échanges internationaux, qui profitent notamment aux pays émergents, parmi lesquels figurent les pays sud-américains. « Aujourd’hui, la situation est celle d’une crise systémique du capitalisme depuis le krach de 2008, aggravée par la crise sanitaire et la guerre en Ukraine, analyse Christophe Ventura, directeur de recherches à l’Iris. La Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes de l’ONU vient même de déclarer que l’Amérique latine était confrontée à la pire crise économique de son histoire. » Les nouveaux gouvernants sont donc confrontés à une machine économique en panne sèche et avec très peu de carburant pour la relancer.

Des alliances pour faire face à des « forces réactionnaires »

Sur le plan politique également, l’analogie avec la précédente vague rose n’est pas de mise. Hégémoniques dans les années 2000, les forces de gauche ne le sont plus. Dans de nombreux pays, comme au Brésil ou au Chili, elles ont gagné dans des alliances allant jusqu’à des forces centristes, de centre gauche mais aussi parfois de centre droit.

Là où elles n’affrontaient quasiment aucune force d’opposition crédible, elles doivent désormais faire face, selon le chercheur, également auteur de Géopolitique de l’Amérique latine (éditions Eyrolles), « à une montée en puissance des forces réactionnaires, voire d’extrême droite, y compris de forces religieuses comme la droite évangélique dans un contexte de polarisation ». À titre d’exemple, Jair Bolsonaro a recueilli le vote de près d’un électeur brésilien sur deux, malgré une gestion catastrophique de la pandémie et une rhétorique ouvertement xéno phobe et homophobe.

Les victoires électorales de la gauche se sont moins construites sur l’adhésion à son programme que dans le rejet des majorités sortantes. « Les gauches ne sont pas forcément les instigatrices du dégagisme mais elles en profitent, poursuit Christophe Ventura. Dans tous les pays, la défiance des populations à l’égard du personnel politique est grande et elle conduit plutôt à des alternances qu’à des alternatives. » Une sorte d’épée de Damoclès qui flotte au-dessus de la tête des présidents progressistes, d’autant que nombre d’entre eux ne détiennent pas le levier de majorités au Parlement (Argentine, Chili et dans une certaine mesure au Brésil). Malgré cette double marge de manoeuvre – économique et politique – limitée, les gauches pourront continuer de s’appuyer sur ce qui a contribué à leurs succès électoraux, soit selon Christophe Ventura « les aspirations des électorats à une société plus juste, plus démocratique et souvent plus écologique ».

 

 

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